TROÏLUS et CRESSIDA.

TROÏLUS.—Ma chère, ne te tourmente pas, la matinée est froide.

CRESSIDA.—Alors, mon cher seigneur, je vais faire descendre mon oncle: il nous ouvrira les portes.

TROÏLUS.—Non, ne le dérange pas. Au lit! au lit! Que le sommeil ferme ces jolis yeux, et plonge tous tes sens dans un repos aussi profond que le sommeil des enfants, qui est vide de toute pensée!

CRESSIDA.—Adieu donc.

TROÏLUS.—Je t'en prie, remets-toi au lit.

CRESSIDA.—Êtes-vous las de moi?

TROÏLUS.—O Cressida! si le jour actif, éveillé par l'alouette, n'avait pas réveillé les hardis corbeaux et chassé les songes et la nuit, qui ne peut plus couvrir de son ombre nos plaisirs, je ne me séparerais pas de toi.

CRESSIDA.—La nuit a été trop courte.

TROÏLUS.—Maudite soit la sorcière! Elle demeure auprès des enchanteurs nocturnes jusqu'à les lasser autant que l'enfer; mais elle fuit les embrassements de l'amour d'une aile plus rapide que le vol de la pensée.—Vous prendrez froid, et vous me le reprocherez.