ÉNÉE.—Salut à tous.

(Énée sort.)

PARIS.—Et dites-moi, noble Diomède, soyez de bonne foi; dites-moi la vérité, parlez-moi avec la franchise d'une bonne amitié: lequel de Ménélas ou de moi jugez-vous le plus digne de la belle Hélène?

DIOMÈDE.—Tous les deux également. Il mérite bien de l'avoir, lui qui, sans s'inquiéter de sa souillure, la cherche à travers un enfer de peines et un monde d'obstacles. Et vous, vous méritez autant de la garder, vous qui, insensible à son déshonneur, la défendez au prix de la perte immense de tant de richesses et d'amis. Lui, misérable gémissant, boirait jusqu'à la lie impure d'un vin passé et sans saveur; et vous, en vrai débauché, il vous plaît d'engendrer vos héritiers dans les flancs d'une prostituée: dans le vrai, vos deux mérites balancés ne pèsent ni plus ni moins l'un que l'autre; mais vous êtes égaux, puisqu'il s'agit entre vous d'une femme infâme.

PARIS.—Vous êtes trop amer pour votre compatriote.

DIOMÈDE.—C'est elle qui est bien amère pour son pays. Écoutez-moi, Pâris: pas une goutte de sang qui remplit ses veines impures qui n'ait coûté la vie à un Grec; pas une drachme dans tout le poids de son corps avili et prostitué qui n'ait coûté la mort à un Troyen: depuis qu'elle a su parler, elle n'a pas prononcé autant de bonnes paroles qu'il est mort pour elle de Grecs et de Troyens.

PARIS.—Beau Diomède, vous en usez comme les chalands qui déprécient le bijou qu'ils ont envie d'acheter; mais nous, nous nous contentons d'estimer en silence son mérite, et nous ne vanterons point ce que nous n'avons pas envie de vendre. Voici notre chemin.

(Ils sortent.)

SCÈNE II

Une cour devant la maison de Pandare.