DIOMÈDE.—Diomède accepte l'un et l'autre. Notre sang est calme maintenant; et tant qu'il le sera, portez-vous bien, Énée: mais dès que les combats m'offriront l'occasion de vous joindre, par Jupiter! je deviendrai le chasseur de ta vie, et j'y dévoue toutes mes forces, toute ma vitesse et toute mon adresse.

ÉNÉE.—Et tu chasseras un lion qui fuira en retournant la tête.—Sois le bienvenu à Troie, et reçois-y un bon accueil: oui, par les jours d'Anchise! tu es le bienvenu. Je jure par la main de Vénus qu'il n'est point d'homme vivant qui puisse mieux aimer celui qu'il a l'intention de tuer.

DIOMÈDE.—Nous sympathisons.—Grand Jupiter, qu'Énée vive, si son trépas ne doit rien ajouter à la gloire de mon épée! Qu'il voie le soleil remplir mille fois le cercle complet de son cours! Mais en faveur de mon honneur jaloux, qu'il meure, que chacun de ses membres porte une blessure; et cela demain!

ÉNÉE.—Nous nous connaissons bien l'un l'autre.

DIOMÈDE.—Oui, et nous désirons nous connaître plus mal.

PARIS.—Voilà le compliment le plus mêlé de vengeance et de paix, d'amitié et de haine héroïque, que j'aie jamais entendu.—Quelle affaire, seigneur, vous fait lever de si grand matin?

ÉNÉE.—Je suis mandé par le roi, j'ignore pour quel motif.

PARIS.—Je vous apporte ses ordres. C'était pour vous charger de conduire ce Grec à la maison de Calchas, et de lui faire rendre la belle Cressida en échange d'Anténor. Daignez nous accompagner; ou plutôt, s'il vous plaît, hâtez-vous de nous y précéder. Je pense certainement, ou plutôt ma pensée peut s'appeler une certitude, que mon frère Troïlus y a passé cette nuit. Éveillez-le, et donnez-lui avis de notre approche, avec les détails de notre message: je crains que nous ne soyons fort mal reçus.

ÉNÉE.—Oh! cela, je vous en réponds. Troïlus aimerait mieux voir emporter Troie en Grèce, que de voir emmener de Troie sa Cressida.

PARIS.—Il n'y a pas de remède. Ce sont les cruelles conjonctures des temps qui le veulent ainsi.—Allez, seigneur, nous vous suivons.