ÉNÉE.—Allons, il est ici, seigneur; ne nous le célez pas: il est très-important pour lui que je lui parle.

PANDARE.—Il est ici, dites-vous? C'est plus que je n'en sais, je vous le jure.—Quant à moi, je suis rentré tard.—Hé! que ferait-il ici?

ÉNÉE.—Quoi? rien.—Allons, allons, vous lui feriez beaucoup de tort, sans vous en douter; j'espère que vous lui serez assez fidèle pour le trahir; à la bonne heure, ignorez qu'il est ici; mais allez toujours le chercher. Allez.

(Pandare va sortir, Troïlus entre.)

TROÏLUS.—Quoi? Qu'y a-t-il?...

ÉNÉE.—Seigneur, à peine ai-je le temps de vous saluer, tant mon message est pressé. Voici à deux pas Pâris votre frère, et Déiphobe, le Grec Diomède, et notre Anténor qui nous est rendu; mais, en échange de sa liberté, il faut que sur-le-champ, dans une heure et avant le premier sacrifice, nous remettions dans les mains de Diomède la jeune Cressida.

TROÏLUS.—Est-ce une chose arrêtée?

ÉNÉE.—Oui, par Priam, et le conseil de Troie; ils me suivent et sont prêts à l'exécuter.

TROÏLUS.—Comme mes projets se jouent de moi!—Je vais aller les joindre; et vous, seigneur Énée, nous nous sommes rencontrés par hasard; vous ne m'avez pas trouvé ici..

ÉNÉE.—Bon, bon, seigneur; les secrets de la nature ne sont pas gardés dans un plus profond silence.