CRESSIDA.—O dieux immortels!—Je ne partirai pas.
PANDARE.—Il le faut.
CRESSIDA.—Je ne le veux pas, mon oncle. J'ai oublié mon père, je ne connais aucun sentiment de parenté. Non, il n'est point de parents, de tendresse, de sang, de coeur, qui me touchent d'aussi près que mon cher Troïlus. O dieux du ciel! faites du nom de Cressida le symbole de la perfidie, si jamais elle abandonne Troïlus. Temps, violence, mort, portez-vous sur ce corps à toutes les extrémités; mais la base solide sur laquelle mon amour est affermi est comme le centre même de la terre, il attire tout à lui.—Je vais rentrer et pleurer.
PANDARE.—Oui, va, va.
CRESSIDA.—Et arracher mes beaux cheveux, et égratigner ces joues si vantées, briser ma voix à force de sanglots, et briser mon coeur à force de crier: Troïlus! Je ne veux pas sortir de Troie.
(Ils sortent.)
SCÈNE III
La scène se passe devant la maison de Pandare.
PARIS, TROÏLUS, ÉNÉE, DÉIPHOBE, ANTÉNOR, DIOMÈDE.
PARIS.—Il est grand jour, et l'heure fixée pour la remettre à ce vaillant Grec s'avance à grands pas.—Mon cher frère Troïlus, allez dire à Cressida ce qu'il faut qu'elle fasse, et déterminez-la promptement à y consentir.