XXXVIII.--Parfois elle secoue la tête, puis elle lui prend la main; elle le regarde, et puis elle fixe ses yeux sur la terre. Quelquefois ses bras l'entourent comme une ceinture; elle voudrait l'enchaîner dans ses bras, mais il ne veut pas, et quand il s'efforce d'échapper à son étreinte, elle enlace ses doigts de lis.

XXXIX.--«Mon amour, dit-elle, puisque je t'ai enfermé dans ce cercle d'ivoire, je serai le parc, et tu seras mon daim; nourris-toi où tu voudras, sur les coteaux ou dans la vallée; rassasie-toi sur mes lèvres, et, si les montagnes sont desséchées, erre plus bas, tu y trouveras de douces fontaines.

XL.--«Dans ces limites tu as de quoi te satisfaire; une pelouse et une belle plaine délicieuse; des coteaux arrondis et des taillis épais et sombres pour te mettre à l'abri de la tempête et de la pluie. Sois donc mon daim puisque je suis un parc si charmant; aucun limier ne t'y poursuivra, quand même tu en entendrais aboyer mille.»

XLI.--A ces mots, Adonis sourit de dédain; sur chacune de ses joues se forme une jolie fossette; c'est l'amour qui les a creusées, et s'il périssait il pourrait être enseveli dans une tombe si simple, sachant bien qu'une fois qu'il y serait déposé il y vivrait et ne pourrait pas mourir.

XLII.--Ces aimables grottes, ces fossettes enchantées ouvrent leur bouche pour engloutir le caprice de Vénus. Elle était déjà folle, que va devenir sa raison? déjà frappée à mort, qu'a-t-elle besoin d'une autre blessure? Pauvre reine de l'amour, abandonnée dans ton propre empire, peux-tu bien aimer des joues que le mépris seul fait sourire?

XLIII.--Maintenant que fera-t-elle, que dira-t-elle? elle a tout dit et n'a fait qu'augmenter ses maux. Le temps a fui, son amant va s'éloigner; il cherche à s'échapper de ses bras enlacés. «Par pitié, s'écrie-t-elle, une grâce... un remords...» Il s'élance et se précipite vers son coursier.

XLIV.--Mais voici! D'un taillis voisin, une jeune cavale, robuste, belle et fière, aperçoit le coursier impatient d'Adonis; elle accourt, s'ébroue et hennit. Le coursier vigoureux, attaché à un arbre, brise ses rênes, et va droit à elle.

XLV.--Il s'élance, il hennit, le voilà qui bondit avec orgueil, de son dur sabot rompt la courroie de la sangle. Triomphant de ce qui le régissait, il frappe la terre dont les cavités résonnent comme le tonnerre du ciel. Il broie entre ses dents le fer de son mors tressé.

XLVI.--Ses oreilles se dressent, les flots de sa crinière se hérissent sur son cou recourbé, replié; ses naseaux aspirent l'air, et, comme une fournaise, rejettent d'épaisses vapeurs; son oeil superbe, qui étincelle comme le feu, montre son ardent courage et le transport qui l'agite.

XLVII.--Tantôt il trotte, comme s'il comptait ses pas, avec une majesté calme et une modeste fierté; puis il se cabre, fait des courbettes et s'élance comme s'il disait: Voyez! telle est ma force; c'est ainsi que je cherche à captiver le regard de la belle cavale.