[Note 4: Cette adresse a été votée à l'unanimité par la Chambre des
Communes.]
"Le profond intérêt que la Chambre des Communes a pris et continue à prendre à l'abolition de la Traite des Nègres, nous a engagés à étudier avec une attention particulière les documens qui ont été mis récemment sous nos yeux, d'après les ordres de Sa Majesté.
"Nous nous étions flattés que les représentations et les remontrances réitérées de Sa Majesté auraient enfin déterminé les divers gouvernemens dont les sujets se livraient encore au trafic des Noirs, à méditer sérieusement sur l'obligation solennelle qu'ils ont si souvent contractée de coopérer avec Sa Majesté d'une manière cordiale et efficace à la destruction complète de cet épouvantable fléau.
"Mais nous avons appris avec douleur et avec honte qu'à un petit nombre d'exceptions près, nos espérances ont été déçues, et que nous sommes encore réduits à l'étrange et humiliante condition de voir la Traite des Nègres se faire avec une activité redoublée par les sujets de ces mêmes puissances, qui ont formellement reconnu que ce trafic est le comble de la dépravation et de la cruauté.
"Nous remarquons cependant avec satisfaction que les argumens sans réplique et les démarches réitérées des ministres de Sa Majesté, appuyés des remontrances énergiques de son Ambassadeur à la Cour des Pays-Bas, ont enfin amené ce gouvernement à donner aux traités leur interprétation légitime.
"Nous avons vu également avec plaisir la réforme de quelques-uns des abus qui s'étaient introduits dans les cours de juridiction mixte établies à Sierra Leone. Mais l'expérience a démontré la nécessité de modifier la clause qui exige, pour prononcer la condamnation d'un navire, que des esclaves aient été trouvés à bord au moment de la saisie, tandis qu'il importe au contraire d'accorder une juste valeur aux preuves décisives que l'on peut déduire de l'arrimage et de l'équipement qui distinguent les bâtimens négriers.
"Nous avons trouvé quelque soulagement à la douleur que doit causer la déplorable uniformité des renseignemens qui nous sont fournis, en apprenant que les Cortès d'Espagne ont prononcé une peine sévère et infamante contre tous les individus qui désormais prendraient part à la Traite des Nègres. Mais il ne suffit pas de cette juste reconnaissance de l'atrocité du crime, il ne suffit pas d'une prohibition légale, et nous espérons que les Cortès prendront toutes les mesures nécessaires pour l'exécution rigoureuse de la nouvelle loi.
"Nous voyons avec chagrin que les navires portugais, loin de renoncer graduellement à la Traite, ont continué à s'y livrer avec une activité redoublée, et spécialement sur la côte au nord de la ligne, ce qui est une contravention formelle au traité par lequel cette Puissance s'est engagée à borner son trafic aux contrées situées au midi de l'équateur.
"Mais nous ne saurions nous empêcher d'embrasser l'espérance que le nouveau Gouvernement du Portugal montrera plus d'empressement pour l'exécution d'un traité que toutes les lois divines et humaines lui font un devoir de respecter.
"Nous avons remarqué avec une vive satisfaction le zèle que manifestent pour l'abolition de la Traite des Nègres les commandans des bâtimens de guerre américains en station sur la côte d'Afrique, et leur empressement à seconder les efforts des officiers de la marine royale. Mais nous voyons avec regret que le gouvernement des Etats-Unis ne paraît point disposé à abandonner les objections qu'il a faites précédemment à l'établissement d'un droit de visite mutuelle dans les parages de l'Afrique.