"Nous nous étions flattés que ce gouvernement prendrait en juste considération les argumens irrésistibles mis en avant par le Comité de la Chambre des Représentans en faveur d'un arrangement de ce genre, et spécialement le passage du Rapport de ce Comité où l'on fait ressortir la différence, ou plutôt l'opposition, qui existe entre une mesure fondée sur des conventions réciproques et renfermée dans des limites déterminées, et le droit de visiter les vaisseaux neutres sans aucune stipulation antérieure, tel qu'on le réclame et le pratique en temps de guerre. Nous nous étions flattés surtout que, dans une question qui intéresse les droits et le bonheur d'une si grande portion de nos semblables, le gouvernement américain se rendrait à la considération évidente que l'établissement général d'un système quelconque de visite mutuelle peut seul être efficace pour mettre un terme au trafic des Noirs.
"Nous voyons avec une profonde douleur que cette année comme les précédentes, la Traite se fait sous pavillon français sur toute l'étendue de la côte d'Afrique; qu'en France et à l'étranger des prospectus sont répandus pour offrir aux spéculateurs des expéditions de ce genre, pour attirer les plus petits capitaux, et séduire des aventuriers par l'espoir d'un profit énorme; que le petit nombre de bâtimens de guerre français en station dans les parages de l'Afrique, ne met aucune entrave sérieuse au trafic des Noirs; que les gouverneurs des colonies ne paraissent pas montrer plus d'activité: et cela, tandis que le Gouvernement français condamne ce trafic dans les termes les plus énergiques, tandis qu'il déclare qu'aucune peine n'est épargnée pour arrêter un si grand fléau. Il est à déplorer qu'un gouvernement dont les moyens d'action passent pour être si efficaces, voie ses efforts paralysés dans cette seule circonstance. Nous ne pouvons donc que continuer à nous affliger profondément de ce qu'une grande et brave nation, comblée de tous les dons de la Providence, placée au premier rang par les jouissances de la vie sociale, se montre, dans le moment même où elle est rendue aux bienfaits de la paix et au gouvernement de son souverain légitime, un agent principal de destruction pour étouffer les germes de civilisation qui commençaient à se développer en Afrique, et prolonger la misère et la barbarie de ce vaste continent.
"Nous conjurons Sa Majesté de réitérer ses remontrances auprès des gouvernemens étrangers, et de rendre manifeste que son intervention n'est point une affaire de forme, mais l'accomplissement d'un devoir impérieux et sacré.
"L'Angleterre aura du moins la satisfaction d'apprendre que nous travaillons sans relâche à réparer les torts que l'Afrique a eu si long-temps à nous reprocher à nous-mêmes. Et nous ne saurions douter qu'à la fin nous ne puissions féliciter Sa Majesté d'avoir triomphé dans la bonne cause, et d'avoir puissamment contribué à effacer la tache la plus honteuse qui souille l'honneur de la chrétienté."