— Hein, mon petit, quelle raseuse !

Ce spontané aux impressions cabriolantes devait être, pour la calculatrice Weldon, une proie facile.

… Pouah ! Cette insulaire aux joues de bifteck cru, son accent cockney aurait suffi à m’en dégoûter, car la prononciation de Mary Garden, auprès de celle-là, eût paru d’une pureté tourangelle.[5] D’ailleurs, Mar-Nielka est la seule Anglaise qui interprète le répertoire français sans accent étranger. (Réclame non payée).

[5] J’aime encore mieux l’accent des norvégiens qui prononcent leur sk comme notre ch. Cette particularité m’est connue depuis le jour que j’entendis à St-Moritz un aimable jeune homme de Christiania dire à Suzanne de Calhas :

— Demain, j’aimerais skier avec vous.

Peu après la guerre de 1870, lorsque Georgina Weldon chanta l’oratorio biblique de Gounod, Gallia, elle faillit compromettre le succès de la Lamentation (rosalie sur batteries à douze-huit) en clamant « Djériousélem ! Djériousélem ! Reviens vers le Saeigneur ! ». C’était d’un comique navrant.

Je me rappelle une autre chanteuse britannique de moindre talent mais affligée d’un accent plus saugrenu encore, la première femme du tragédien Silvain. Longtemps avant que le glorieux sociétaire du Théâtre Français songeât à épouser la belle Louise Hartmann, l’anglaise voulut bien me régaler d’une romance sucrée, alors en vogue, cuisinée par la baronne Willy de Rothschild. O lord ! Je me mordais la langue pour ne pas rire, tandis qu’elle psalmodiait :

Si vous havez rien à me daïre.

Pourquoi venaïr auprès de moâ !

Son morceau terminé, la dame me fit part de cette observation judicieuse :