Manque de conviction ? Pas du tout ! Des convictions, il en avait à revendre, des convictions qui, je le répète, se succédaient avec une rapidité essoufflante. Ecoutez plutôt…
… Pendant qu’un journaliste commence à l’interviewer, on annonce « Mme de Granval », dont le nom arrache à Gounod une sourde exclamation agacée. Elle entre, un peu intimidée, son rouleau de musique à la main :
— Maître, c’est ma dernière œuvre. Ode mystique, ce que j’ai fait de moins mauvais. Si j’osais vous la soumettre…
— Voyons ça.
Il s’assied au piano, joue le prélude de l’Ode mystique, chante l’Ode mystique, loue l’Ode mystique.
— C’est bien, c’est très bien, c’est même sublime…
— « Sublime ! » Est-il possible, maître ?
— Oh ! je voudrais avoir écrit ça ! Cette progression est d’un émouvant ! Voyez, j’en pleure, mon enfant…
En effet, il pleure. L’enfant (55 ans), pleure aussi. Ils s’embrassent. Extasiée, elle sort, la tête dans les nuages.
La porte à peine refermée sur la triomphatrice, Gounod, essuyant ses cils encore emperlés de larmes, dit au reporter :