Nombre d’entre eux ont fait, dans l’océan de l’oubli, un plongeon définitif. Qui connaît encore la littérature de l’instituteur Icres, dit Crésy ? (ou Crésy, dit Icres, mes souvenirs s’embrument). A force de bassiner Antoine, ce sous-Léon Cladel avait réussi à lui faire jouer un acte sanglant : de fanatiques bouchers se massacraient à coups de couteau, dans un décor où, sur des tables en vrai marbre, s’étalaient des escalopes en vrai veau, mais aussi avancées que les opinions de l’Humanité et dont la puanteur rendait malades les spectateurs assis trop près de la scène, qui sifflaient en se bouchant le nez.
Dégoûté du théâtre par cette expérience malodorante, le Pyrénéen aux cheveux en révolte déclamait avec un accent qui semblait rouler des pierres dans un gave, des strrrophes où vibrrrait de la tendresse :
Les danses nous ont assez
Enlacés
Dans leur tourbillon folâtre,
Mignonne, voici le tour
De l’amour.
Et, tu sais, je t’idolâ-â-tre.
Sous ces rythmes empruntés à la Pléïade, Marie Kryzinska (polonaise aux lèvres de négresse blonde qui prétendait avoir inventé le vers libre dont le père est en réalité Gustave Kahn), plaquait des accords minables.
Mince, blond, atténué, Charles Vignier murmurait des vers frêles :