Bien entendu, après la représentation, il s’empressa d’offrir à d’Indy d’une voix émue, l’hommage de son admiration sans réserve ! Alfred Bruneau et André Corneau, tous deux anti-d’Indystes mais loyaux, ne purent s’empêcher de hausser les épaules en entendant les louanges sifflées par cette vipère doucereuse. Quant au sincère Gustave Samazeuilh, à peine au sortir de l’enfance, il en fumait d’indignation.

Guillaume Apollinaire s’amusait de toutes ces histoires et riait avec entraînement.

Quand je le rencontrais aux mercredis du Mercure de France, regorgeant de littérateurs, mais où j’allais surtout pour voir Rachilde et l’entendre — toujours originale, mordante et bonne avec ça — Guillaume Apollinaire montrait une avidité de gosse quêtant des confidences, à califourchon sur un genou d’ancêtre.

— Dites, Willy, vous devez être riche en souvenirs sur les dii minores de l’Ecole symboliste ?

— Certes ! J’ai plus de souvenirs que si j’avais… la capitale de la Lombardie.

— Fumiste ! Pourquoi ne pas les écrire ?

— Parce que ça m’ennuierait.

Aussi bien, Ernest Raynaud, le commissaire de police-poète, a dit ce qu’il fallait dire, comme il fallait le dire, dans sa Mêlée symboliste, où il a silhouetté (je cite ses propres paroles) « quelques-unes des figures qu’on coudoyait chez Charles Cros, le jeudi soir : Ajalbert, Alphonse Allais, d’Esparbès, Haraucourt, Marsolleau, Willy, etc., extraordinaire mélange de talents disparates… », ce qui incitait l’historiographe à d’intéressantes réflexions sur « la bigarrure des esprits et la diversité d’un âge caméléon ». C’était le temps où Georges Lecomte, caporal d’infanterie et symboliste, faisait siffler sa Cravache.

Certains jeunes trouvent ce fouillis « grotesque ». Mais le superréalisme actuel, jugé par Lamandé « caricatural », l’est-il moins ?

Pour divertir Apollinaire, j’évoquais la mémoire d’un quarteron de poètes disparus, auxquels on reconnaissait jadis un flamboyant génie et dont quelques-uns avaient sans doute du talent.