Je me souviens d’une jolie « fille du Rhin » dont le grasseyement parisien me mettait en joie quand elle chantait « Albeuric » ; elle se plaignait amèrement d’être étouffée par la ceinture dans laquelle la bouclaient les machinistes pour la balancer autour du roc où scintille l’or inviolé (fanfare en ut majeur).

— Ça n’a rien à faire, m’sieur Gunsbourg, j’en ai marre, ce machin me serre si tellement que j’ai les flancs tout bleus.

— Hé bien, quoi, ma petite ? Les flancs bleus sur la côte d’Azur, tu es dans la note.

Désarmée, la parigotte déclara : « Ce rigolo-là, il est vraiment à la coule ». Elle disait vrai.

Il est assez « à la coule » pour rire des ingratitudes que sa bonté suscite, pour ne pas s’indigner quand un m’as-tu-lu, gorgé de ses bienfaits, parcourt les cafés en répétant aux joueurs de jacquet incrédules : « Rien d’étonnant à ce que les pièces de Gunsbourg réussissent, c’est moi qui les écris… »

Sa charité sait trouver des truc ingénieux. Saint Vincent de Paul vaudevilliste ! L’an dernier, au cours d’une conversation avec un antique gendelettres parisien, plus riche de souvenirs que de pécune, il lui dit, sur les terrasses de Monte-Carlo :

— Le surnom « Tanagra-double » date de 30 ans. Votre ami Willy en affubla, dans l’Echo de Paris, Sybil Sanderson qui venait de créer la Thaïs de Saint-Saëns.

— Vous voulez dire « de Massenet », cher maître !

— Du tout, c’est bien de Saint-Saëns. Protestez tant que vous voudrez, je suis sûr de ce que je dis.

— Mais…