Sous tant de bruits redoublés, sous tant de secousses retentissantes, le ciel et la terre semblent près de se confondre, l’horizon vacille et se balance, les montagnes tressautent sur elles-mêmes.

Seule, la colline sacrée reste immobile.

La lumière qui la cerclait à la base est graduellement montée jusqu’à son sommet et fait resplendir la petite chapelle d’un éclat pharamineux.

Surprise de ne pas voir encore l’ennemi apparaître, l’armée des dieux païens s’arrête.

Soudain, ô merveille! enlevée comme sous un coup de vent venu d’en haut, la chapelle disparaît et découvre aux regards un simple autel de pierre, que surmonte la croix.

Devant cet autel, privé de tout ornement comme de tout défenseur, se tient une jeune femme, une vierge, les pieds nus, portant un enfant entre ses bras.

Elle descend la colline, le sourire aux lèvres; la lumière scintillante ne brille plus qu’autour de son front et de celui de l’enfant; elle marche à la rencontre des dieux coalisés, qui commencent à se regarder entre eux avec stupeur; elle avance encore, et tout à coup, saisis d’une irrésistible panique, Jupiter, Odin, Wainamoïnen et Péroun, Mars, Thor, Ukko, Rujewit et Potrympos, et les Euménides, et les Tassanis, et les Cyclopes, et les Géants, tous enfin font volte-face vers le fleuve, qu’ils traversent en désordre, se culbutant les uns les autres et heurtant dans leur fuite désespérée leurs propres temples et leurs statues qui s’écroulent sur eux.

Une partie fut engloutie dans le Rhin, où nous les retrouverons plus tard; le reste, clopin-clopant, regagna ses froides latitudes, abandonnant presque toute la Germanie à Marie et à Jésus.