Aussitôt les trois agiles messagers des dieux romains, slaves et scandinaves, Mercure, Algis et Hermode, accompagnés des Euménides, des Valkyries et d’une troupe légère de Lapithes et de Centaures, sont envoyés à la découverte. Bientôt de retour, ils annoncent que ces scintillements qui entourent la colline sont les reflets des épées flamboyantes des dix mille anges exterminateurs. Ils n’en doutent pas.


Parmi les confédérés, quelques-uns, comme dans tous les combats épiques, s’élancent impétueusement hors des rangs pour défier en combat singulier les principaux entre les chefs des anges. Mais Jupiter et Odin, pensant que toute lutte partielle ne peut que compromettre le succès de la grande lutte générale, les ramènent aux lois de la discipline.

De dépit, Thor qui, un des premiers, s’était jeté en avant, laisse tomber sa lourde massue sur une petite ville placée sur la route, et qui pouvait gêner la marche de l’armée. La massue revient aussitôt d’elle-même dans la main de son maître, retombe, remonte, retombe encore.

Grâce à cette manœuvre incidente, la plaine, devenue plus libre, le signal de l’attaque est enfin donné. Les Corybantes font sourdement résonner leurs tambours; au centre, comme à la droite, y répondent les chants des Bardes et des Skaldes, qui ont bientôt pour accompagnement moins les accords de leurs harpes que le bruit des trompes, les aboiements frénétiques de Cerbère, le chien à trois gueules, de son confrère Garm et les hurlements des Stryges, des Kikimoras et des Polkrans.

Le concert ne devait pas s’arrêter là.

Mars, Odin, Potrympos et les autres dieux de la guerre tirent leurs épées qui, en sortant du fourreau, rendent un grincement formidable; Jupiter chez les Romains, Péroun chez les Slaves, Ukko chez les Finlandais, Thor chez les Scandinaves, font à la fois résonner leur tonnerre. Aux éclats multipliés de tant de foudres se joint le roulement des chars de Tabiti, de Flintz, le dieu squelette, de Poculos, de Stribogh, les dieux des trombes et des tempêtes boréales; les Égipans, les Cyclopes, les forgerons d’Ilmarinnen, poussent bruyamment devant eux d’immenses quartiers de rocs; en guise de massues, agitant des chênes entiers, tiges et racines, les géants de la Gelée les suivent avec d’effroyables clameurs, répétées par toute l’armée envahissante, et la non moins gigantesque Yaga-Baba, l’affreux chef d’orchestre de ce concert infernal, marque la mesure en frappant de son pilon de fer dans son mortier de bois.