Tous quatre traînaient à leur suite des bataillons de Stryges, suceurs de sang, de Trolls voraces, de Marowitz et de Kikimoras étouffeurs; de Polkrans et de Leschyes; ceux-ci, espèces de satyres nains, pouvaient à volonté se transformer en géants; ceux-là, moitié hommes, moitié chiens, aboyaient et chantaient; leurs chants, sinistres comme leurs aboiements, répandaient la terreur devant eux, et à cent pas ils donnaient la mort sous le souffle empoisonné de leur haleine.
Tels étaient, contre le christianisme, les auxiliaires des dieux romains et scandinaves.
Quand les nouveaux arrivants se furent organisés, l’aigle de Jupiter s’éleva au-dessus des nuages, poussa trois cris retentissants en se tournant vers trois points de l’horizon, et, du couchant, du levant et du midi, les dieux dispersés de l’Italie et de la Grèce, abandonnant leurs retraites mystérieuses, accoururent; Neptune avec ses Tritons, ses Protées, ses Harpies et ses monstres marins; Pluton avec ses Parques, ses Euménides, ses Furies et toute sa cohorte infernale.
Odin frappa sur son bouclier, et, du fond du Nord, non-seulement les dieux et les Valkyries, non-seulement les héros de la Valhalla, mais jusqu’aux adversaires même des Ases, Héla, le loup Fenris, les Géants de la Gelée, Loki à leur tête, vinrent se ranger sous ses ordres pour assister aux grandes fêtes du carnage.
Jamais les armées de Darius, d’Alexandre, d’Attila, de Charlemagne n’avaient offert, ou n’ont offert depuis, un aspect plus imposant et plus terrible.
Les sibylles, les nornes, les augures, les magiciennes consultés, on se mit en marche.
A quelques lieues au delà du fleuve, du côté d’Argentoratum (Strasbourg), à mi-côte d’une légère colline, s’élevait une petite chapelle en voie de construction.
C’est de ce côté que les sibylles et les prophétesses avaient ordonné de se diriger, ne doutant pas que le dieu des chrétiens, à la tête de ses légions, ne se présentât pour la défendre.
Les confédérés s’avançaient silencieusement, profitant de la nuit pour surprendre leurs adversaires, déjà rassemblés sans doute. Odin commandait la droite de l’armée; Jupiter, la gauche. Les dieux scythes, sarmates, slaves, borussiens et finlandais, sous les ordres de Tabiti, de Péroun, de Percunos, de Wainamoïnen, de Radgost, occupaient le centre.
A peine en vue de la colline, ils virent une lueur scintillante toute particulière, au milieu de l’obscurité profonde, entourer sa base d’un cercle de lumière.