«La première année par la parole, la seconde par un pli de ton front, la troisième en lui pressant légèrement le pied. Sois patient!
«Si, les trois ans écoulés, elle est rebelle à tes leçons, ô époux, frère de mes frères, prends quelques brins de jonc, quelques tiges de carex, châtie-la.... mais avec une verge recouverte de laine.
«Résiste-t-elle encore, eh bien! coupe un rameau dans le bois, une branche de bouleau, pas trop forte, et cache-la sous tes vêtements; que nul ne se doute de ce qui va se passer.
«Surtout, ne la frappe ni sur les mains ni sur le visage; car son frère pourrait bien te demander: «Est-ce le loup qui l’a mordue?» son père pourrait bien te dire: «Est-ce donc l’ours qui l’a déchirée ainsi!»
Cette saga, dans son réalisme fleuri, ne respire-t-elle pas un charme attendrissant? Les instincts les plus délicats, les plus pudiques, se conservaient donc intacts au milieu des mœurs grossières et des habitudes violentes? Quel nom portiez-vous, muses naïves de la Finlande, qui inspiriez alors la bonne hôtesse de Pohjola? N’étiez-vous pas les filles de ces belles gandharvas de l’Inde qui disaient:
«On prend un éléphant par sa corde, on prend un cheval par sa bride, on prend une femme par le cœur.»
Et ne semble-t-il pas issu de la petite bourgeoisie, ce forgeron éternel, ce dieu de première classe, qui a fait la terre et les cieux, qui achète une femme, qui la bat, et redoute ensuite les réprimandes de son beau-frère et de son beau-père?
Notre halte faite, continuons de décrire les autres cohortes des dieux, accourus sur les bords du Rhin pour soutenir une cause commune à tous.
Près des célestes représentants de la Scythie, de la Sarmatie, de la Prusse, de la Finlande, figuraient ceux des différentes races slaves.... Mais à quoi bon la liste complète de cette multitude de confédérés dont la mémoire la plus vaillante ne parviendrait pas à retenir les noms baroques?
Il nous suffira de dire que les Lithuaniens, les Moraves, les Silésiens, les Bohémiens, les Russes étaient représentés là par leurs dieux les plus redoutables; Ilia, le grand archer, dont les flèches atteignaient leur but à travers l’épaisseur de neuf sapins; Radgost, l’impitoyable destructeur; Flintz, ce dieu squelette qui portait un lion sur ses épaules, et roulait dans un char enflammé; la gigantesque Yaga-Baba, dont la tête dépassait les plus hautes montagnes. Lorsqu’un soldat était atteint par la peur avant de l’être par l’ennemi, elle l’enlevait aussitôt des rangs et le broyait dans un mortier de bois avec un pilon de fer.