Il n’en était rien. Ne représentaient-ils pas de fait les esprits élémentaires par excellence? et le culte des éléments persista en dépit des autres cultes qui le frappaient de réprobation.

Seulement, ces dieux atomes, quoique restés bien petits, bien petits, s’étaient, relativement à leur ténuité première, développés d’une manière considérable; ils avaient même pris une forme et un corps, un corps visible, une forme non dépourvue de grâces.

Ils étaient devenus les Alps ou Alfs, connus plus tard sous leur dénomination orientale de Sylphes.

Il arrivait autrefois que le voyageur attardé, le paysan ou le bûcheron revenant d’une noce vers la tombée de la nuit, avaient cette chance heureuse de rencontrer dans une clairière du bois ou sur les bords d’un ruisseau, une troupe de lutins s’ébattant au milieu des clartés crépusculaires.


C’étaient les Sylphes, ce petit peuple de l’air, qui volaient par essaims, faisant leur nid d’une fleur ou de quelques brins de mousse au pied d’un genêt, ne sortant que le soir pour aller se visiter réciproquement et remplir leurs devoirs de société et de bon voisinage.

Si le voyageur, le bûcheron ou le paysan avait doucement marché sur le sable du ruisseau ou dans un sentier herbeux qui amortit le bruit de ses pas, s’il s’était arrêté à temps pour bien voir sans être vu, alors il pouvait assister à leurs divers exercices, et, témoin ignoré, pénétrer les secrets de leur vie intime.

Avez-vous, lecteur, dans le Roméo de Shakspeare, entendu Mercutio raconter la venue de la petite reine Mab?