Pendant ce dernier état, c’est l’Elfe noir qui dirige les mouvements du dormeur, qui vit en lui, qui pense et agit pour lui, qui le fait grimper sur les meubles et même sur les toits; qui lui fait garder son équilibre, à moins que.... Pauvre dormeur, prends garde! les Elfes noirs sont traîtres et cruels; il pourrait bien passer par la tête de celui qui te possède l’idée bouffonne de te jeter du haut en bas.
Les Alfs, devenus les Elfes, n’étaient pas les seuls esprits de l’air, on le comprend: vu leur nature frêle et délicate, par manque de souffle ils n’auraient pu suffire à enfler la voile des vaisseaux ou à pourchasser les nuages d’un horizon à l’autre.
Chez les Celtes, tous les magiciens avaient eu les vents et la tempête à leur disposition; aujourd’hui encore en Norwége, en Laponie, certains hommes vous vendent, à prix débattu, le vent qui vous convient pour accomplir heureusement votre traversée; en Allemagne, le peuple reconnut le vent comme puissance élémentaire; il ne le divinisa pas, comme avaient fait les Grecs et les Romains avec toute cette famille essoufflée d’Éole, d’Eurus, de Borée et de Favonius, mais il en fit un personnage doué de volonté, agissant par lui-même. Les poëtes aidèrent à donner de l’importance à monsieur le Vent.
Il me tombe sous la main une ballade qui mettra le lecteur à même d’en juger:
«Greth, la jolie meunière, était courtisée par le fils du roi. Son père, le meunier, sachant que les fils de rois n’épousent guère, lui avait choisi pour mari un jeune marchand de farine de Rotterdam.
«Le Hollandais s’était déjà mis en route par le Rhin; le soir même il devait arriver pour faire sa demande. Greth appela à son aide monsieur le Vent, qui entra aussitôt par sa fenêtre, non sans briser quelques carreaux.
«Que me veux-tu?