Tandis que le meurtrier demeure pétrifié à la vue de cette lame restée sanglante, il court chez le bourgmestre lui tout conter; une descente de justice a lieu; on trouve le vigneron tenant encore à la main l’instrument de son crime; il est pendu, et Nixcobt rit de plus belle.

Une nuit, un notaire de Badenheim, près Mayence, entendit, pendant son sommeil, une voix lui dire: «Jean Harnich, le grand Nichus fait la cour à ta femme, passée Ondine il y a trois mois; elle refuse de l’écouter. Il te prie de le renseigner sur le moyen de lui plaire.»

Le notaire crut à un mauvais rêve, poussa un soupir en pensant à la défunte, et se rendormit. Mais une main glacée, se posant sur sa poitrine, le réveilla aussitôt:

«Jean Harnich, reprit la voix, parle, parle vite et sois sincère, ou tu ne dormiras plus.»

Jean Harnich résiste encore, se débat, mais il voit dans son alcôve, sous la lueur d’une flamme rouge, briller des dents vertes et des pommettes écailleuses. Sous l’impression de la peur, il dit ce qu’il sait.

«Merci!» lui crie Nixcobt avec un nouvel éclat de rire retentissant.

On composerait un in-folio de toutes les lugubres joyeusetés de ce messager des morts; mais assez sur lui. D’ailleurs, Nixcobt a perdu tout crédit aujourd’hui. On a cessé de le voir glisser nuitamment à travers les rues des villes et les sentiers des vignobles.

Combien d’histoires intéressantes, combien de lieds et de ballades sur les Nixes, sur les Ondines ne pourrions-nous pas rapporter encore: il y a les Ondines des fleuves et des lacs; il y a même celles de la mer; en Allemagne, elles pullulent jusque dans les plus modestes courants d’eau.

Avant-hier, je me suis promené le long du Rhin; hier, le long de la Moselle. Ce matin, dirigeant ma course au hasard, j’ai rencontré un ruisseau, une petite rigole qui m’appelait par son doux murmure. Je l’ai suivie, je l’ai suivie pendant deux heures. Pour le moment, je n’avais rien de mieux à faire.

Ma petite rigole, à peine à quelques pas de sa source, enfant encore, s’agitait sous l’herbe de droite et de gauche, et semblait marcher à quatre pattes comme tous les enfants. Plus loin, je la rencontrai jeune fille; elle s’était développée, agrandie; courant çà et là, insouciante, capricieuse, elle bondissait follement entre des rochers, emportant les fleurs qui croissaient le long de son rivage, sans doute pour s’en faire un bouquet. Plus loin encore, j’assistai à son mariage avec un gros ruisseau descendu de la montagne; la voilà jeune femme; avec gravité elle traverse la plaine, comme une sage rivière qui déjà porte bateau et se prépare à rejoindre sa sœur aînée, la Moselle.... Bientôt je la traversai sur un pont; sur ce même pont, quatre soldats prussiens étaient attentivement occupés à regarder couler l’eau, sans doute pour épier le passage de quelque Ondine furtive. Quant à moi, j’ai eu beau te suivre pas à pas depuis ta naissance, petite rivière inconnue, ce matin, le long de tes rives, sous tes bordures d’aunes et de saules, pas plus qu’hier et qu’avant-hier en inspectant la Moselle et le Rhin dans leurs anses isolées, dans leurs îles solitaires, nulle part je n’ai entrevu l’ombre d’une Nymphe, d’une Nixe, d’une Ondine!...