Le jour venu, de retour au fleuve, il s’enquiert si sa funèbre population ne s’est pas augmentée de quelques victimes, volontaires ou non. Il prend leur signalement, dresse leur nouvel état civil, apprend par eux les causes déterminantes de leur brusque passage d’un monde dans l’autre, leur offrant ses bons offices pour les remettre en communication avec les parents ou les amis qu’ils ont laissés derrière eux, ignorants de leur sort ou inconsolables de leur perte.

Puis il égaye le grand Nichus de toutes ces histoires, et des bons tours joués par lui, pendant ses visites nocturnes, aux villageois comme aux citadins des deux rives.

Ces bons tours du joyeux Nixcobt, aujourd’hui encore, servent d’aliment aux récits des fileuses durant les longues veillées d’hiver, où le bruit demi-ronflant du rouet leur est un agréable accompagnement.

Nixcobt se rend un jour chez le percepteur des tailles de la petite ville de.... Il le trouve consterné; sa femme a quitté la maison conjugale; il ne sait ce qu’elle est devenue. Pour le consoler, Nixcobt lui annonce qu’elle est morte, morte noyée, et comme preuve, il lui remet une lettre recueillie par lui dans la poche de la défunte.

C’est la lettre de congé d’un amant.

Le mari, qui commençait à pleurer, essuie ses larmes, entre en fureur et regarde ses enfants d’un air farouche. Nixcobt rit et se rend chez un autre.

Cet autre, honnête vigneron du Rheingau, la veille, dans un moment de vivacité, a tué son ami et l’a ensuite jeté dans le Rhin ainsi que le couteau qui a servi au meurtre. Ce couteau, Nixcobt le lui présente, car il se charge volontiers de faire retrouver les objets perdus.