«C’est chose effroyable que le diable ait le pouvoir d’engendrer des enfants comme font les Nixs!» s’écrie à ce sujet Martin Luther.

De cet empire humide et ténébreux des Nixs et des Ondins, le maître, le despote, le Wasserman par excellence, nous l’avons dit, c’est le grand Nichus. L’autorité qu’il exerce ne se borne pas aux droits de haute et basse justice; sa volonté, réglée sur ses appétits désordonnés, est la loi suprême pour tous; les Nixs mâles composent sa cour; pour son harem, il choisit les plus belles mortes que le suicide lui envoie. Entre ce Sardanapale au teint verdâtre et ses odalisques de morgue se passent, dit-on, des scènes de débauche monstrueuse qui donneraient à croire, si l’on n’avait déjà reconnu en lui Niord, le dieu scandinave, que le grand Nichus n’est autre qu’un de ces anciens empereurs romains divinisés, dont Pétrone a tracé l’histoire galante avec de la boue et du sang.


Son principal agent et le factotum de la communauté, Nixcobt, dit le messager des morts, chargé d’entretenir les relations entre les habitants du fleuve et ceux du littoral, est peut-être le personnage le plus excentrique de la Mythologie du Rhin.


Lorsque l’aube va poindre, lorsque la sommité des hautes montagnes seule commence à s’éclairer d’une lueur douteuse, on a vu parfois une espèce d’homme court, trapu, horriblement grotesque, raser dans l’ombre les maisons de la ville, ou descendre le long des coteaux, entre les rangs pressés des ceps de vigne, qu’il dépasse à peine en hauteur. Sa tête effrayante tourne sur son cou grêle comme sur un pivot, lui permettant ainsi, sans ralentir sa marche, de tout inspecter autour de lui. Ses épaules nues, ses coudes, ses genoux et la partie saillante de ses pommettes sont couverts d’écailles de poisson; de petites nageoires se soulèvent par intervalle sous la cheville de ses pieds; son œil rond et glauque est marqué au centre d’un point rouge lumineux; ses dents et sa chevelure sont vertes, et sa bouche, largement fendue, contournée comme celle d’un barbillon, se contracte sous un immobile sourire qui vous glace de terreur. C’est lui, c’est Nixcobt.