Le soir est venu, la nuit est noire, les maîtres sont déjà couchés. Une servante, sa chandelle à la main et bâillant à cœur joie, visite tous les coins et recoins de la maison, remettant chaque chose à sa place. Tout à coup une porte s’ouvre ou se ferme violemment devant elle, sa lumière s’éteint!... Quelque fenêtre sera restée ouverte, direz-vous; c’est une bourrasque de vent...

Non! c’est le Butzemann!

De bons vivants, rassemblés dans la salle haute du Gasthaus, y célèbrent la fête de la grosse grappe, en souvenir du divin Dionysius. La nuit les retrouve encore le verre à la main, chantant, buvant.... Silence! Les chants et les cris cessent; les verres restent suspendus au milieu d’un toste; les paupières alourdies, les jambes titubantes se redressent et s’affermissent. Chacun regagne précipitamment son logis. Par trois fois un être velu, difforme, est venu se heurter à la croisée en battant des ailes. C’est une chauve-souris, direz-vous.

Non! c’est le Butzemann!

Autour du large poêle de faïence, la famille est rassemblée, bravant gaiement le froid hiver. Les hommes fument, un pot de bière devant eux; les femmes tricotent, en causant du mariage prochain de la fille aînée.... Malheur! au fond de l’âtre, quel bruit, quelle lumière! Les charbons et les étincelles ont rejailli jusque sur la robe de la fiancée. Qu’y a-t-il donc? c’est un nœud dans le bois, peut-être un marron oublié dans les cendres et qui éclate? direz-vous encore.

Non! c’est le Butzemann!

Le Butzemann, l’esprit prophétique de la famille, vous signale un danger, vous met en garde contre un désastre prochain. N’entreprenez pas un voyage, ne vous mariez pas, si par un signe manifeste le Butzemann est venu jeter son veto au milieu de vos apprêts de noce ou de départ. La difficulté est de bien distinguer entre le Butzemann, le coup de vent, la chauve-souris ou le marron-pétard.

Il n’en est point ainsi de dame Hollé (Frau Holla), dont on reconnaît la présence à des indices certains. Elle s’est imposé la tâche de surveiller les filles du peuple dans leurs travaux. Mais pourquoi cette bonne fée du travail, au lieu d’habiter quelque ville industrielle, quelque belle campagne luxuriante où se fasse sentir l’activité du labour, du fanage, du rouissage, où les rouets grondent en tournant sous le pied des fileuses, où les échos aboient en répétant les coups de battoir des lavandières, a-t-elle fixé sa demeure dans un marais tourbeux, en compagnie de Follets perfides et de Nixes de bas étage?

On n’a jamais osé secouer assez rudement ce mystère pour en faire tomber la vérité.

Les uns ont laissé entrevoir timidement que la bonne dame Hollé, de si petite condition aujourd’hui, et ne figurant plus guère que parmi les esprits familiers, avait été autrefois un haut et puissant personnage; mais ils se sont tus sur ses gloires passées, comme il arrive pour une pauvre portière qui a eu des malheurs.