Mais les filandières, les couturières, les brodeuses et les blanchisseuses n’attirent pas seules la bienveillante attention de ce monde surnaturel.

«Dans certains pays, disent les frères Grimm, chaque paysan, sa femme ou ses fils, ont à leur service un lutin qui leur sert de valet; il porte l’eau à la cuisine, coupe le bois et va chercher la bière.» Pendant ce temps le patron n’a qu’à se reposer et à le regarder faire.

Ce lutin, c’est évidemment celui que les anciens nommaient Genius loci.

De tous, le plus célèbre aujourd’hui en Allemagne, le plus étrange, celui qui a donné lieu aux histoires les plus singulières, sans contredit, c’est le Kobold.

Pendant la nuit, le Kobold met tout en ordre dans la cuisine; il nettoie les verres, les assiettes, les casseroles, donne la chasse aux araignées et aux souris. Pour tant de bons soins, il ne demande qu’un peu de nourriture préparée exprès pour lui, car il ne se permettrait pas de se faire sa part sur le dîner des maîtres.

Quoique attaché spécialement au service de la cuisinière, le Kobold tient avant tout à la maison. Si la cuisinière reçoit son congé, si les maîtres déménagent, il n’en reste pas moins au logis, prêt à offrir ses services aux nouveaux occupants. Dans le premier cas, la servante qui part dit à celle qui la remplace:

«Ne négligez pas de mettre un peu de panade sur la huche pour le Kobold, sans quoi il vous jouera de malins tours; prenez-y garde, il n’est pas toujours d’humeur accommodante.»

Si le Kobold, ou, à défaut du Kobold, si le chat mange la panade, la nouvelle cuisinière ne manque pas de se dire:

«Chim est venu, je prévois que nous vivrons ensemble en bonne intelligence.»