«Depuis plusieurs années, dit-il, une servante avait un esprit familier qui s’asseyait près d’elle au foyer, où elle lui avait fait une petite place, et ils conversaient ensemble durant les longues soirées d’hiver. Un jour elle demanda à Heinzchen (Chim, Himschen et Kurd Chimgen, telles sont les dénominations que les cuisinières allemandes ou alsaciennes donnent ordinairement à leur Kobold), de se laisser voir sous sa forme véritable. Heinzchen refusa d’abord d’y consentir, mais enfin, cédant à ses instances, il lui dit de descendre à la cave où il se montrerait à elle. La servante prit un flambeau, descendit à la cave, et là, dans un tonneau ouvert, elle vit un enfant mort qui flottait dans son sang. Plusieurs années auparavant, la malheureuse était accouchée d’un enfant qu’elle avait égorgé et caché dans un tonneau.»
Vous le voyez, notre lutin du foyer se transforme en un personnage de drame; Trilby devient tout à coup le spectre de Banquo.
D’après la croyance générale, les Kobolds appartiennent pour le moins autant à l’humanité qu’au monde des esprits; ils conservent la taille et la figure des enfants, et ce couteau, qui trop souvent leur sert d’appendice caudal, n’est autre que l’instrument avec lequel ils ont été mis à mort.
Il existe une foule de lutins tapageurs qui bouleversent tout dans les maisons, privent de sommeil et de repos à les rendre fous les gens qu’ils ont pris en grippe. C’est bien injustement, selon moi, qu’on les a mis au nombre des Kobolds. Ceux-ci sont presque toujours doux et inoffensifs; s’ils s’emportent parfois, c’est à la manière des enfants; ils cassent, ils brisent, mais se laissent facilement apaiser à la vue d’une friandise, d’une panade à l’œuf et au beurre, par exemple.
Les Zotterais et les Petites Dames blanches, par leurs habitudes, se rapprocheraient beaucoup plus des Kobolds. Serviables et peu exigeants, les Zotterais fréquentent les écuries comme les Kobolds les cuisines, étrillant les chevaux, les pansant même quand ils sont blessés, et tenant tout en bon ordre dans le râtelier comme dans la sellerie.