Le chêne des druides, quoique prêtant moins aux comparaisons galantes, avait fini par exciter des sentiments presque aussi fanatiques. Les processions et les offrandes se multipliaient autour de lui; les jeunes filles l’ornaient de guirlandes de fleurs, entremêlées de bracelets et de colliers; les guerriers suspendaient à ses branches les plus précieuses dépouilles conquises par eux dans les combats. Un vent d’orage aidant, les autres arbres des enceintes semblaient s’incliner humblement devant lui.

Et cependant, il avait un ennemi, un ennemi personnel, acharné. S’implantant sans façon sur ses rameaux sacrés, jusque sur sa tige auguste, une petite plante abjecte, obscure, misérable, vivait à ses dépens, se nourrissait de sa séve, absorbait sa substance, au point de le menacer dans son libre accroissement, poussant l’insolence jusqu’à voiler sous son feuillage terne et glauque le brillant feuillage de l’arbre fétiche.

Cette plante hostile et impie, c’était le gui, le gui du chêne. (Guythil.)

Des gens moins habiles, moins prévoyants que les druides, pour débarrasser l’arbre de cet hôte incommode et nuisible, se seraient contentés simplement de l’escalader, et d’un coup de serpe l’auraient séparé de son parasite. C’eût été là une manœuvre irrévérencieuse autant que maladroite. Qu’aurait pensé le peuple? Le peuple n’aurait pas manqué de dire que l’arbre divin, frappé d’impuissance, n’avait pas la force de se débarrasser lui-même de sa vermine.


Les druides firent mieux. Ils en usèrent envers le gui comme on en use assez volontiers chez nous envers un membre de l’opposition devenu redoutable; ils lui donnèrent une place dans le sanctuaire. Déclaré plante officielle et sainte, le gui fut spécialement attaché au culte.

Ce n’est point sournoisement, et avec une vile serpette de fer qu’on le détacha de l’arbre, c’est à la vue de tous, au milieu des réjouissances publiques, au bruit des cantiques, au moyen d’une faucille d’or que le Guythil, tranché à sa base, fut soigneusement recueilli sur des voiles de lin. Ces voiles, sanctifiés par lui, ne devaient plus servir à un usage profane.

Chez les Teutons du Rhin, on tirait de la plante une espèce de glu, réputée infaillible comme contrepoison, infaillible pour combattre la stérilité chez les femmes, infaillible pour chasser les maladies et conjurer les maléfices, et aussi pour prendre les petits oiseaux.