—Tous trois reposent encore dans cette maison où nous avons gîté cette nuit.»

Et, du doigt, il indiqua la maison qui leur avait servi d’hôtellerie.

Skrymner fit un mouvement de surprise et de joie: «Mon gant! s’écria-t-il, c’est mon gant! le voilà retrouvé!» Il courut ramasser cette prétendue maison aux cinq corridors, l’enleva, non sans l’avoir secouée doucement en la rapprochant de terre, preuve qu’il n’était pas dépourvu de tout sentiment humain.

Loki, Tialff et Raska roulèrent sur l’herbe, un peu effrayés de l’ascension, suivie d’une culbute, qu’ils venaient de faire. Une fois remis de leur émotion, et surtout de leur surprise en apprenant qu’ils avaient passé la nuit dans un gant, ils songèrent à poursuivre leur voyage.

Le pays leur étant inconnu, Skrymner s’offrit à les guider et se chargea même de porter leurs bagages. Tant de complaisance et de courtoisie bannirent du cœur de Thor, qui maintenant avait son marteau, toute idée agressive à son égard.

A la première halte, comme ils s’apprêtaient à déjeuner, le géant les quitta, après leur avoir toutefois indiqué le chemin à suivre; mais il fut impossible à Thor d’ouvrir la valise aux provisions, tant les cordes et les chaînettes qui la fermaient se trouvaient emmêlées. Ils durent se remettre en route sans avoir procédé à leur repas du matin, ce qui pour des voyageurs, et même pour des dieux, est toujours chose de fâcheux augure.

Au bout de quelques heures, la plaine restant déserte et aride, et la faim les tourmentant, ils prêtèrent l’oreille, espérant entendre le vagissement d’une vache ou le hurlement d’un ours, bien résolus à dîner soit de l’un soit de l’autre; mais les bourdonnements d’un orage, le roulement de la foudre furent tout ce qu’ils entendirent.

Irrité que quelqu’un se permît de tonner sans attendre son ordre, à lui, le dieu du tonnerre, Thor s’élança en avant. Se dirigeant au bruit, il arriva dans un défilé rocheux, ombragé de quelques chênes, où il trouva Skrymner qui, renversé sur le dos entre deux collines, dormait en ronflant d’une manière formidable. Ce ronflement avait suffi pour faire supposer à nos voyageurs l’existence d’un orage.

«Sans doute, se dit Thor, ce misérable digère maintenant les provisions qu’il nous a volées; pour cacher son vol, c’est lui qui a embrouillé les nœuds de notre valise; mais il me le payera cher! D’ailleurs, ne m’a-t-il pas traité de dieu de petite taille!»

Ce disant, il prit son marteau et le lança sur la tête du géant endormi, qui, sans autrement bouger, passa la main devant son front, comme si une feuille tombée des arbres l’eût chatouillé en le frôlant.