Mais, gonflé de mythes, de symboles et d’excentricités traditionnelles, mon cerveau fatigué commence, je le sens, à crier grâce; et cependant, n’ai-je point encore quelque engagement à remplir? Voyons.... je crois me le rappeler, j’ai promis un complément à l’histoire des druidesses, c’est-à-dire des femmes.... des femmes, ces êtres mythologiques par excellence! Cette sorte de sens intuitif, cette délicatesse de perception qui les distingue de l’autre sexe, sexe matériel et grossier, devait assurer leur empire sur lui. En Celtique, en Scandinavie, elles furent les modèles de toutes les vertus, les oracles de la maison; on les battait bien un peu, mais on les honorait grandement, et l’Allemagne, surtout, les parfuma d’encens, avant de les enfumer de tabac.


A l’époque du christianisme, les femmes jouèrent un grand rôle, un rôle glorieux; les historiens sont là pour l’attester. Du quatrième au sixième siècle, Fritigill, reine des Marcomans, Clotilde, reine de France, Berthe, reine d’Angleterre, avaient, par simple persuasion, et non par sortilége, comme le prétendaient méchamment les païens, forcé leurs époux à se prosterner devant la croix. D’autres femmes, sorties du peuple, ou appartenant à de nobles familles, Chunihild, Thécla, Liobat, secondaient les missionnaires dans leurs périlleux travaux, les aidant à renverser les chênes sacrés.

Pendant ces persécutions, longtemps prolongées, qu’étiez-vous devenues, belle Ganna, noble Aurinia, majestueuse Velléda, vous ou vos sœurs les autres druidesses?

Errantes au milieu des bois, proscrites, pleurant leur gloire évanouie, elles se tenaient dans les endroits écartés, où les agents du pouvoir civil n’apparaissaient que rarement. Parfois, vers le soir, s’aventurant sur une route de traverse, elles accostaient un passant attardé et avaient avec lui des entretiens mystérieux. Parfois aussi les habitants des villages, même ceux des villes, allaient en secret les relancer jusqu’au fond de leurs retraites, pour les consulter sur la chance heureuse ou malheureuse qui les attendait dans le monde, ou sur une épidémie survenue dans leurs étables. Quelques-uns, même parmi les nouveaux chrétiens, imbus encore aux trois quarts de leurs anciennes croyances, leur demandaient un nom pour leur nouveau-né, un nom qui portât bonheur. Voilà pourquoi on les nomma d’abord les Marraines, et plus tard les Fées.

Comme les anciennes fées de l’Orient, ne devaient-elles pas tenir leur pouvoir des astres, ces femmes qu’on voyait, aux clartés de la lune, glisser silencieuses sur la pente des montagnes, sortir tout à coup d’un rocher ou d’un arbre qui s’entr’ouvrait, et dont les follets et les mouches lumineuses seuls connaissaient la demeure?

Parmi ces fées, beaucoup étaient bonnes et d’un naturel charitable; d’autres, aigries par le malheur sans doute, se montraient irascibles et méchantes. Bien à plaindre les hommes, et même les bestiaux, sur lesquels elles jetaient un mauvais sort.

Pour en combattre la fâcheuse influence, il fallait avoir recours à une autre fée, à une bonne cette fois, qui, au moyen d’un talisman, d’une pierre constellée, ou de quelques paroles magiques, vous en débarrassait avec plus ou moins de facilité.