III

Visite a la terre des aïeux.—Les deux rives du Rhin.—Pierres druidiques.—La noce et l’enterrement.—Culte nocturne.—Un vitrier demi-dieu.—Le duel de société.—Une compatriote d’Aspasie.—Boudoir d’une dame celte.—Récit du barde.—Teutons et Titans.—Tremblement de terre.

Quiconque a déjà voyagé avec moi doit le savoir, je suis sujet à m’égarer en route, ou du moins à prendre LE CHEMIN DES ÉCOLIERS. Il me plaît aujourd’hui de détourner mes yeux et mes pas de cette enceinte sacrée des druides, transformée en abattoir, et où la main qui bénit est aussi la main qui égorge.

J’ai besoin de respirer un air moins chargé des parfums ou plutôt des fétidités du sacrifice. Là-haut, sur cette colline, dont un soleil couchant éclaire les cimes blondes, je respirerai plus à l’aise.

M’y voici.

Devant moi, le Rhin étale ses deux rives, que ne relie encore aucun pont, pas même un bac, essayant de les rapprocher l’une de l’autre.

Des deux côtés, sous d’épais massifs d’osiers et de roseaux gigantesques, dans ses criques vaseuses, le Rhin abrite une multitude de petites barques sournoises, barques de pêcheurs inoffensifs dans le jour, mais qui, réunies le soir, s’emplissent de pillards et de corsaires allant à la proie sur la rive opposée et s’aventurant même au besoin jusqu’à la mer du Nord. Pour le moment, rien ne bouge; les pêcheurs sont rentrés, les corsaires ne sont pas encore sortis. Je porte mes regards plus loin.