Sur la rive gauche campent les Celtes gaulois, aux yeux bleus, à la peau blanche, à la chevelure dorée et ondoyante. Presque nus, ils semblent avoir pour principal vêtement ce haut bouclier, presque de la longueur de leur corps, à l’ombre duquel ils marchent, à l’ombre duquel ils dorment, et qui les garantit tout aussi bien des traits du soleil que de ceux de l’ennemi. Tout à coup, je les entends, la bouche collée contre un des bords de ce même bouclier, pousser des cris aigus, répétés au loin, de distance en distance, le long du fleuve. A ces cris, qui leur servent de télégraphie sans doute, répond le bruit strident des trompettes.
Quels sont ces autres soldats aux cheveux noirs, au teint de bronze? Symétriquement alignés, ils s’avancent couverts de cuirasses brillantes et portant des bannières surmontées d’un aigle d’or aux ailes demi-éployées. Après dix ans de combats, César est donc parvenu à se rendre maître des Gaules jusqu’à la frontière du Rhin? Je n’en saurais douter; à leur vue, les Gaulois abaissent le fer de leur lance en signe de bon accord, et laissent passer.
Une fois près du rivage, la petite phalange romaine s’arrête; sous sa protection, quelques hommes, vêtus d’une simple tunique, sans autres armes que des tablettes, un style et des cordeaux pour mesurer le terrain, se mettent en devoir de dresser un plan, le plan d’une ville ou d’un fort....
Sentinelles de la Germanie, prenez garde à vous!
Du haut de ma colline, embrassant un étroit horizon sur la rive droite, je vois divers groupes d’hommes disséminés dans les bois ou dans la plaine, travailler sous la surveillance d’un druide; celui-ci je le reconnais à sa longue robe et à la branche feuillue qu’il tient à la main; les uns fouillent la terre pour déraciner les arbres qui la stérilisent en l’obscurcissant; les autres la sillonnent du soc de la charrue. Ces travailleurs, dans leurs mouvements, semblent tous atteints d’une même gêne, dont, de si loin, je ne puis apprécier la cause.