Pour y réfléchir plus à l’aise je cherche où m’asseoir. A mi-côte j’entrevois un petit banc de pierre. A mesure que je l’approche, l’objet grandit et s’élève bientôt de telle sorte qu’il me faudrait une échelle pour prendre possession de mon siége.
Ce siége prétendu, c’est un monument, un monument druidique composé de deux roches verticales, reliées à leur sommet par une roche horizontale.
En France, en Angleterre, en Allemagne, il existe encore de ces pierres levées, dolmens ou menhyrs; les pierres levées étonnaient déjà Alexandre de Macédoine dans sa traversée de la Scythie. En Bretagne, à Carnac, quelques-unes, d’une seule pièce, se dressent solitaires au bord de la route, comme pour raconter au voyageur l’histoire du passé, ou s’alignent devant lui, innombrables, dessinant sur le sol des cercles peut-être emblématiques. Mais le voyageur ne comprend plus leur langage. Était-ce l’autel, était-ce le dieu, ou simplement la borne posée sur une tombe? Dans le premier cas, Carnac serait un Olympe; dans le second, un cimetière.
Je tournais autour de la triple pierre pour mieux en prendre connaissance, quand j’aperçus près de moi un troupeau de brebis, puis un berger.
Le berger, couvert d’une saie en lambeaux, avait les pieds enveloppés de bandelettes de cuir; sur son front une blessure, qui n’avait pas eu le temps de se cicatriser, mi-béante encore, ajoutait à son air farouche. Son regard flamboyait en se portant tour à tour et sur la pierre druidique et sur un autre objet, jusqu’alors échappé à ma vue. C’était la garde d’une épée implantée en terre.