Cette poignée d’épée, cette roche superposée sur son double appui, était-ce là de nouvelles concessions des druides?
D’après leurs idées spiritualistes, Dieu ne pouvant se revêtir d’une forme visible semblable à la nôtre, ils l’avaient figuré tant bien que mal par un symbole. Ainsi les sacrifices humains ne leur suffisaient déjà plus pour maintenir leur doctrine!
Tandis que j’examinais avec une curiosité croissante cet étrange gardeur de moutons, une jeune fille, grande et belle, les épaules et les pieds nus, dans cette même partie de la colline, gardait aussi son troupeau, tout en s’occupant à recueillir des plantes médicinales. Près de s’éloigner, elle offrit au berger de panser sa plaie; il refusa d’un air hautain: en se retirant, souriante, elle lui jeta une fleur au visage.
Cette fleur, il ne la ramassa pas; cette jolie fille, il ne salua son départ que d’un regard de dédain.
Ah! plus de doute, ce malheureux, comme les abatteurs d’arbres, comme les laboureurs de la plaine, est au nombre des prisonniers de guerre sauvés par les druides et utilisés par eux. Ses cheveux rasés, sa blessure saignante, le carcan qu’il porte à son cou en témoignent assez clairement. S’il n’a pas répondu à l’avance, à la fois empreinte de pitié et de coquetterie de la ramasseuse d’herbes, c’est que celle-ci n’a éveillé en lui qu’un souvenir douloureux: sa fiancée absente ou sa femme qu’il ne reverra plus! Si son regard s’est tourné terrible et fulgurant vers la pierre druidique et vers la tête d’épée, ne serait-ce pas que l’une et l’autre marquent des lieux de sacrifice? Là il se croit destiné à mourir peut-être?... Qui sait? peut-être aussi le guerrier de sa tribu, déjà immolé, était-il son meilleur ami, son frère?...