Malgré son silence, qui devait se prolonger longtemps encore, on peut le supposer à coup sûr, le Rhin était déjà la grande voie de communication des peuples allemands entre eux, comme du reste de l’Europe avec l’Allemagne. Par le Rhin lui sont venus le commerce et la civilisation, mais aussi les invasions de toutes les espèces. Nous ne parlerons avec quelque détail que des invasions religieuses, les seules qui soient de notre sujet.
Dans les âges primitifs, le midi de l’Europe était seul habité; la partie nord ne présentait que des forêts inextricables, aussi vieilles que le monde, et où les pas de l’homme n’avaient pas encore tracé un premier sentier: sombres et froides solitudes sylvestres espacées de marécages, où les arbres se disputaient le terrain, les plus forts étouffant les plus faibles pour se faire une place au soleil; désert boisé parcouru seulement par des bandes d’animaux sauvages qui se poursuivaient et se dévoraient entre eux; ombrages séculaires où des volées d’oiseaux timides et palpitants cherchaient de vains refuges contre les troupes voraces des oiseaux de proie.
Ainsi, même en l’absence de l’homme, la guerre existait déjà, elle existait partout, dans ces régions où il était du destin de ce grand destructeur de s’en faire un jeu, une fête, une nécessité, une gloire!
Nul regard humain ne s’était ouvert sur les magnificences de ces contrées ignorées?
Puis, un jour, une peuplade de sauvages s’y établit avec ses troupeaux. Après elle, en vint une autre, plus guerrière, mieux armée, qui chassa les premiers occupants, et prit leur place, déjà défrichée.