Après celle-ci, une autre, puis une autre encore.
Il en fut de même pendant une longue série d’années et de siècles; et tous ces flots humains descendaient de l’extrême nord, marquant chacune de leurs étapes par de sanglantes batailles; et c’est ainsi que les vaincus, forcés, l’épée dans les reins, de faire une marche en avant, tour à tour pourchassés et pourchassant, allèrent peupler ces pays incultes et déserts, qui furent depuis la Belgique, les Gaules, l’Angleterre, la Bretagne, poursuivant leur course de plus en plus, du Rhin à la Méditerranée, s’épanouissant de droite à gauche, de l’est à l’ouest, franchissant les Pyrénées et les Alpes, pour s’emparer, dans leur fuite conquérante, de l’Ibérie d’un côté, et des plaines lombardes de l’autre.
Ces vaincus, ces vainqueurs, ces envahisseurs, ces envahis, ces premiers pionniers, ces premiers défricheurs d’un monde inconnu, étaient tous issus d’une même famille et ne portaient qu’un même nom, le nom de Celtes.
Mais d’où était sorti ce long chapelet de familles, de peuplades, de nations, s’égrenant ainsi, par jets successifs, sur la plus grande partie de notre continent? D’où venaient à l’Europe, naguère morne et silencieuse, ces flots de visiteurs inattendus, affluant tous des régions hyperboréennes? Quoi! à ces lointaines époques, les flancs glacés du pôle étaient-ils donc doués d’une si prodigieuse fécondité? répondez, hommes de la science!... La question est grave, peut-être même indiscrète; car sur ce point litigieux qui interroger? l’histoire? Elle n’existait pas; les monuments écrits ou sculptés? les anciens Celtes n’avaient songé à cultiver ni l’écriture ni la sculpture.
Devant ce mutisme universel que pouvaient nos savants? rien! si ce n’est de s’avouer impuissants, vaincus.... Eh bien, non! Des savants ne se résignent pas à de semblables aveux. A défaut d’autres monuments, les Celtes avaient laissé une langue, un jargon, encore en usage aujourd’hui dans quelques parties de l’ancienne Bretagne, ainsi que dans le pays de Galles, en Angleterre.
D’illustres académiciens, la plupart Allemands, n’hésitèrent pas à rentrer à l’école pour apprendre le bas-breton. De quel dévouement la science n’est-elle pas capable!
Après de longs travaux d’analyse et d’élimination pour séparer ce qui appartenait à la langue primitive de ce qui avait pu s’y ajouter depuis, nos érudits se trouvèrent face à face avec le sanscrit, idiome sacré des brahmes, idiome générateur de la vieille langue germanique, de la vieille langue celtique, par conséquent du bas-breton.