Oui, un jour, ces corsaires indomptables aborderont jusqu’à la Loire, jusqu’à la Seine; ils assiégeront notre vieux Paris, puis, par la suite des temps, grâce à la politique adroite de notre roi Charles, dit le Simple, devenus chrétiens ou à peu près, sous le nom de Normands, ils s’établiront dans une des plus belles provinces de la France. On les verra alors féconder le sol au lieu de le ravager, boire du cidre au lieu de bière, se livrer paisiblement à la culture des procès et des bestiaux, et porter des bonnets de coton, après avoir aidé toutefois à la destruction de Rome et conquis deux fois l’Angleterre.

Les Scandinaves, d’origine celtique, comme les Gaulois et les Germains, à la fois nomades et sédentaires, plus barbares qu’incultes, bâtissaient des villes et même des temples, dans lesquels ils adoraient Odin le Borgne. Si la moisson avait manqué, si les premières chaleurs du printemps éveillaient en eux des idées de vagabondage et de guerre, ils s’élançaient dans leurs barques ou sur leurs chevaux, et les nations dans la stupeur, tour à tour regardaient à l’horizon, et prêtaient l’oreille le long des fleuves, pour savoir si ce grand ouragan du Nord, cet ouragan de fer, de feu, de sang et de larmes, allait leur venir par terre ou par mer.

A force de traverser la Germanie dans tous les sens, de gré ou de force, quelques-unes, ou plutôt quelques débris de ces bandes, s’étaient fixés sur différents points du territoire, surtout dans les îles du Mein, du Wéser et du Necker. Leurs prêtres attiraient au culte d’Odin toutes les populations voisines. Qu’importait à celles-ci Odin ou Teut? C’était un autre nom désignant pour elles un même dieu, le dieu unique des Celtes.

L’influence de ces nouveaux druides de la troisième époque ne laissa pas cependant que de soulever quelque résistance; les prêtres germains les accusaient d’être excessifs dans la pratique de leur culte sanguinaire, et d’avoir donné pour compagnon à leur Odin un certain dieu Thor, grand pourfendeur de géants, qui altérait nécessairement la doctrine commune, dont l’unité formait la base.

Un schisme était près d’éclater dans l’Église druidique, lorsque l’arrivée des dieux de Rome rapprocha simultanément les deux parties adverses. On s’adoucit, on se concerta, on conspira. Les druides scandinaves, se départant de la prudente retenue observée par eux jusqu’alors, déclarèrent que pour triompher de l’Olympe romain, Odin n’avait pas seulement pour aide tout-puissant son fils Thor, mais qu’il pouvait faire montre d’une escorte de dieux pour le moins aussi imposante par le nombre que celle de Jupiter lui-même.

Les druides germains se voilèrent la face; mais le peuple, mais tout le vieux parti opposé à Jupiter le dépravé et à Vénus l’impudique acclamèrent la proposition. Quelles que fussent, sous le rapport des victimes à offrir à ces nouvelles divinités, les cruelles exigences des prêtres scandinaves, le culte de la terreur leur parut préférable à celui des voluptés dégradantes. Ils reconnurent Odin et son fils Thor, et appelèrent les autres de tous leurs vœux.

Les druides germains cédèrent, espérant peut-être