Cependant, la grave Germanie se sentait troublée au plus profond de ses habitudes austères par cette irruption générale de dieux frivoles et suspects. Si la jeunesse, déjà quelque peu romanisée, commençait à s’éprendre de cette poétique personnification de toutes les forces de la nature, les vieillards, les chefs, les druides surtout, et derrière eux le peuple presque unanime, se demandaient tout bas ce que signifiait cet engouement subit, cette dévotion vertigineuse pour des pantins célestes?
Mais nul n’osait agir; déchus de leur sauvage énergie d’autrefois, affaiblis, rompus, brisés par la durée même de leur résistance, les Teutons, devenus pusillanimes, après s’être présentés ostensiblement devant les temples païens, dans la crainte de se compromettre aux yeux du vainqueur, pour l’acquit de leur conscience, gagnaient ensuite quelque partie ténébreuse de la forêt, où l’œil inquiet, l’esprit troublé, ils offraient au chêne sacré leurs hommages fervents, mais souvent interrompus par des tressaillements de peur.
Les dieux de Rome allaient bientôt se trouver en face d’adversaires plus redoutables.
Au delà même de la Germanie, telle que les géographes la décrivent et la bornent, existaient une foule de nations, échelonnées sur un territoire immense, jusqu’aux bords de la mer Caspienne. Les Romains n’avaient sondé qu’avec inquiétude ces profondeurs inconnues, d’où sortaient incessamment d’innombrables essaims de soldats, auxquels ils ne savaient donner encore que le nom vague et collectif d’Hyperboréens. C’étaient les Huns, les Scythes, les Goths, les Slaves (Polonais, Danois, Suédois, Russes, Norvégiens), races de pirates et de pillards; ceux-ci, sous le nom de Cimbres et se ralliant aux Teutons, avaient déjà fait irruption dans les Gaules et jusqu’en Italie, ne s’arrêtant que devant l’épée de Marius; ceux-là devaient bientôt franchir les Pyrénées et s’abattre sur l’Espagne. Parmi tous, plus puissants que tous, dominaient les Scandinaves, soldats intrépides, grands écumeurs de la mer du Nord, qui devaient couvrir de leurs barques conquérantes les eaux du Rhin et faire pleurer Charlemagne en prévision de l’avenir!