Mais non! non! je me rétracte! je me révolte! On ne peut toucher aux vieilles mythologies sans se cogner contre un système astronomique. Les astronomistes trouvent sept dieux principaux dans la théogonie scandinave lorsqu’il leur faut les transformer en planètes, et douze quand il s’agit des signes du zodiaque. C’est vraiment mythologuer trop à son aise. Ne dirait-on pas que les premiers hommes sont tous nés avec un télescope et un quart de Davis en poche, et qu’ils ont bâti un observatoire avant de songer à se construire des cahutes?
Heureusement, j’ai le choix de ma route.
Des historiens, dignes de foi, ont reconnu qu’Odin, selon la méthode indiquée par Cicéron, avait habité la terre avant que d’habiter le ciel. C’était un conquérant illustre, grand tueur d’hommes, un de ces fléaux de Dieu qui s’appesantissent sur les peuples pour les broyer. Nécessairement, après sa mort les peuples le déifièrent.
Je ne vois rien là d’astronomique.
Maintenant je rentre dans mon rôle, en le représentant tel que ses druides, ses skaldes et ses adorateurs l’ont fait.
Il arriva donc des pays du midi, de l’Orient sans doute, traînant à sa suite le soleil, indispensable auxiliaire quand il s’agissait de reconstituer ce monde glacial et ténébreux. «Car il fut un temps, dit l’Edda, cette bible des Scandinaves, où le soleil, la lune et les étoiles ne savaient pas quelle place ils devaient occuper. Ce fut alors que les dieux s’assemblèrent et convinrent du poste qu’il était bon de leur assigner.»
L’installation des astres, une fois convenue, à l’instar de tous les Hercules de l’Égypte et de la Grèce, Odin, pour payer sa bienvenue, commença par purger la terre de tous les monstres qui l’avaient envahie. Ymer, le premier, succomba sous ses coups: puis, après lui, tous les autres géants de la gelée, race malfaisante,» ajoute l’Edda. Malfaisante envers qui? je le demande. Était-ce envers les griffons, les serpents et les kraken?...