survécurent: le loup Fenris, aux mâchoires formidables, capables de broyer des montagnes, même d’entailler le soleil; et le serpent Iormoungandour, le grand serpent de mer par excellence. Tous deux devaient un jour aider les géants de la gelée à tirer vengeance de leur défaite.
Pensant n’avoir plus rien à craindre pour le moment, Odin remonta dans l’espace lumineux, y jouissant en paix de sa gloire, au milieu des délices de la Valhalla.
Un matin qu’il en était descendu pour savoir comment tout se comportait sur la terre, depuis qu’il l’avait réorganisée, il vit avec plaisir que sa nouvelle création prenait figure. L’herbe poussait dans les plaines, sur la pente des collines, même sous les flots des fleuves et de la mer; des arbres isolés, ceux-ci en flèches, ceux-là en pyramides, découpaient l’horizon d’une façon pittoresque, et en rompaient la monotonie; quelques-uns, réunis par groupes sur la montagne, légèrement agités par un souffle d’air, semblaient converser tout bas entre eux, tandis que la foule des autres se déroulant à perte de vue, immobiles, remplissaient les vallées, comme une armée qui se tient au repos tandis que ses chefs délibèrent.
Derrière le rideau des forêts, cerfs, élans, aurochs, bondissaient par troupeaux, avançant parfois leurs élégantes ramures ou leurs fronts touffus à l’entrée des clairières; des chèvres cabriolaient sur les rochers, et jusqu’au bord des précipices; des oiseaux chantaient sous les taillis, se balançaient mollement sur la branche flexible des osiers, ou tout à coup fendaient l’air d’une aile rapide; les poissons glissaient silencieusement sous la surface des eaux, qu’ils argentaient et diapraient tour à tour; les papillons et les insectes volaient ou bourdonnaient autour des fleurs.