En passant près d’une large piscine alimentée par une source murmurante, il vit s’y ébattre trois beaux cygnes, lesquels, après l’avoir examiné d’un air tout particulier, moitié narquois, moitié réfléchi, faisant onduler leurs longs cous flexibles, semblaient échanger entre eux autant de pensées que de regards.
Il leur adressa la parole, leur demandant s’ils possédaient le secret de la sagesse.
Les cygnes plongèrent tout à coup sous l’eau, et, à leur place, apparurent trois femmes, belles toutes trois, quoique à trois étages différents de la vie.
C’étaient les Nornes.
La première, nommée Urda, savait le passé; la seconde, nommée Vérandi, voyait sous ses yeux se dérouler le présent heure par heure, minute par minute; et quand aujourd’hui était devenu hier, sa sœur aînée recueillait le jour défunt et l’inscrivait sur son registre. Enfin, Skulda, la troisième, la Norne de l’avenir, jouissait du don précieux de voir clairement s’agiter devant elle les germes des événements futurs, et de pouvoir prédire avec certitude l’époque et les conséquences de leur éclosion.
Faisons ici une pose; une observation que me communique à l’instant l’aimable et savant docteur Rosalh pourra peut-être sembler curieuse à quelques-uns de nos lecteurs.