Le plus important des livres sacrés du Nord, le livre qui renferme les prophéties de la déesse-sibylle Vola, la Voluspa, va nous l’apprendre.
«Quand le moment fatal approchera, leur voix deviendra inhabile à faire entendre des chants; l’éclat lumineux dont leur corps resplendit s’affaiblira progressivement.
«En sortant du bain, au lieu de rester secs comme il leur arrive aujourd’hui, leurs membres conserveront une moiteur humide; des gouttes d’eau y ruisselleront; ils deviendront, de ce côté, semblables au vulgaire des hommes.
«Pour conjurer ces premiers symptômes de malaise, la femme du dieu Bragi, Iduna, leur donnera à manger des pommes qu’elle garde en réserve. Ces pommes auront le don de les réconforter et de leur rendre une fausse jeunesse pendant quelques milliers d’années peut-être.
«Mais un jour leurs yeux commenceront à clignoter; le matin, à leur réveil, leurs paupières se colleront et deviendront rouges et chassieuses.
«A table, procédant à leurs libations accoutumées, si leurs coupes, tenues d’une main déjà vacillante, laissent échapper un léger flot de vin ou d’hydromel, leurs vêtements en resteront maculés.
«A ces mêmes vêtements, si la poussière s’attache, mauvais signe!
«Si les couronnes de fleurs ou de pierreries se fanent, se ternissent sur leurs fronts, plus mauvais signe encore!
«Enfin, si les parfums qui d’ordinaire s’exhalent de leur corps se changent en odeurs âcres et nauséabondes, ils n’ont plus qu’à faire leur testament.»
J’ai tout lieu de croire que ce dernier membre de phrase ne se trouve dans le texte sacré de la Voluspa que par une coupable et frauduleuse interprétation; le reste est le texte même, reproduit d’après les versions les plus exactes.