«Alors, les dieux s’armeront; Odin les rassemblera autour de lui, ainsi que les héros de la Valhalla, et tous engageront leur dernière bataille.»

Mais la prophétie de Vola doit avoir son accomplissement; les dieux vont périr; le monde avec eux.

Freyr, enveloppé des flammes de Surtur le Noir, meurt; Thor succombe sous les enlacements et les atteintes empoisonnées du grand serpent Jormoungandour; cependant, avant de mourir, il le tue; Odin est mis en pièces par le loup Fenris.

Et, pendant la lutte, le ciel s’est fendu; les génies du feu y entrent à cheval par la brèche, tandis que les géants ébranlent le frêne Ygdrasil, qui se tord en poussant de longs mugissements, et tombe enfin avec la voûte céleste qu’il soutenait, écrasant sous leurs communs débris vaincus et vainqueurs, et le monde s’évanouit en fumée sous l’embrasement allumé par Surtur le Noir.

Après le crépuscule des dieux, la nuit des dieux devait ainsi venir.

«O vous, esprits des montagnes, savez-vous s’il subsistera encore quelque chose?» dit la Voluspa en terminant ses lugubres prophéties.

Convenons-en, il y a dans cette poésie sombre et terrible une grandeur sauvage, une allure épique dont il est impossible de ne pas être frappé. Ici le poëme de l’Edda est à la hauteur des plus vigoureux tableaux du Dante et de Milton, et par plus d’un côté il touche à l’Apocalypse.

Ouvrons ce livre mystérieux.

«Alors il s’éleva du puits de l’abîme une fumée semblable à celle d’une grande fournaise. Un tremblement de terre eut lieu, et le soleil devint noir comme un sac fait de poil de chèvre; la lune parut ensanglantée; les étoiles du ciel tombèrent sur la terre; le ciel se retira comme un tapis qu’on roule; les montagnes et les îles changèrent de place, et il y eut une grande bataille au ciel. Michel et ses anges combattaient contre le dragon, le grand serpent. Ensuite, j’entendis une voix dans le ciel qui disait: «Maintenant est le salut, la force et le règne de notre dieu!» Ensuite, je vis un nouveau ciel et une nouvelle terre.»

Cette nouvelle terre, plus favorisée, plus parfaite, qui doit succéder à la terre détruite, incendiée, est de même annoncée par l’Edda: