«La terre, ainsi brisée en pièces, dévorée par les flammes, qu’arrivera-t-il?

—Il sortira de la mer une autre terre plus belle et plus féconde.

—Et, parmi les dieux, en est-il qui survivront?

—.... Sorti du séjour des morts, Balder ressuscité gouvernera le monde nouveau sous la direction de l’impérissable Alfader.... Ce sera le règne de la justice....»

La mythologie des Scandinaves embrassant dans ses symboles les grands phénomènes de la nature, les luttes continuelles de ses deux principes contraires, la création, la destruction, plus compliquée, plus savante que celle des Germains et des Gaulois, devait occuper dans le plan de cet ouvrage une place importante; nous croyons la lui avoir faite.

Mais pourquoi la civilisation d’Odin, pas plus que la philosophie des druides (première et deuxième époques), ne concourait-elle en rien au bien-être, au perfectionnement de l’humanité? Je crois en avoir trouvé la raison.

Pour les Germains comme pour les Scandinaves, Dieu n’était que juste et sévère. Le règne du Dieu charitable n’était pas venu encore. Peut-être allait-il venir avec Balder, avec cet autre monde annoncé par l’Edda.

Entendez-vous? comprenez-vous?

Au milieu de tous les incidents qui devaient signaler la conflagration générale, il en est un qui réveille particulièrement en nous un souvenir d’histoire. Des ambassadeurs celtes, interrogés par Alexandre de Macédoine, lui répondirent que ce qu’ils redoutaient le plus au monde c’était la chute du ciel. Cette réponse, si fière en apparence, fut grandement admirée par le jeune conquérant; elle l’est encore tous les jours dans les leçons d’histoire de l’université. Cependant elle ne faisait que traduire simplement, naïvement, une des plus fermes croyances religieuses de ces peuples; n’était-ce pas de la chute du ciel que leurs livres prophétiques les menaçaient?

Mais ce globe terrestre, déjà brisé par cet effroyable cataclysme, devait être complétement anéanti par le feu. Cet autre détail me rappelle, non plus un souvenir gravement historique, mais un simple jeu de mon enfance, jeu symbolique qui, peut-être (ici je n’émets qu’un doute), remonte à l’Edda.