Ce fut là surtout un spectacle saisissant quand, au moment de l’élévation, devant cet autel, en apparence désert, sans qu’une main humaine se fût montrée, on vit s’ouvrir le tabernacle, quand l’hostie consacrée s’éleva, redescendit et disparut, après avoir touché les lèvres de cet officiant invisible.

Tous les témoins de cette scène étaient pâles d’émotion et de sainte terreur.

La messe terminée, on trouva le jeune margrave pantelant, collé contre la porte de sortie et la main au bénitier. Il avait voulu fuir, il n’en avait pas eu la force.

Lui-même confessa avoir vu l’abbé Bénédict, assisté de deux anges, officier devant l’autel.

Le procès était terminé.

C’est alors que, voulant perpétuer le souvenir de cette musique céleste de harpes et de violes qui, ce jour-là, avait résonné sous les voûtes de Lichtenthal, la princesse Sibylle dota le couvent, à cette fin que, tous les dimanches et fêtes, les religieuses y jouassent du violon. L’idée était digne de la pieuse et mondaine margrave.

Charles-Guillaume, le héros de cette histoire prodigieuse, est ce même prince qui, après la paix de Rastadt, renonçant à sa résidence de Dourlach, entreprit, en 1715, la fondation de Carlsruhe. Comme, de fait, l’Alcide-Cupidon était de mœurs fort galantes, je suis porté à croire que la forme en éventail de sa nouvelle capitale se rattache à quelque aventure amoureuse. Le roi d’Angleterre Édouard III avait fondé un ordre de chevalerie à propos de la jarretière de la comtesse de Salisbury, pourquoi le margrave Charles-Guillaume n’aurait-il pas fondé une ville en souvenir de l’éventail d’une autre belle dame quelconque, d’Allemagne ou de France?


Je l’ai dit, je crois, ma dernière journée de Bade, je la voulais consacrer à mes recherches historiques sur le grand Louis-Guillaume.... Hélas!... hélas!... je me présentai au Casino de Hollande; il était fermé pour cause de dimanche.

Qu’allais-je faire de mon temps?