Tout en me livrant à ces réflexions pleines de justesse, j’examinais mon conjoint, qui, en ce moment, me tournait le dos. Il avait un paletot bleu, un pantalon à raies. Un instant j’entrevis un coin de sa figure dans le petit miroir; il portait barbe et barbiche; il devait avoir une figure comme un autre et non une tête de mort. Je laissai retomber mon rideau pour lui donner le loisir d’achever sa toilette.

Lui parti, je me jette en bas du lit; je m’habille à mon tour et en toute hâte, voulant profiter du premier train; je prends mon chapeau.... Nouvelle mésaventure! Ce chapeau n’est pas le mien! Cet étranger, ce spectre, ce conjoint maudit, il m’a emporté mon chapeau, mon chapeau neuf!

Interdit, je retourne entre mes mains celui qu’il m’a laissé en échange; j’y plonge mon regard; au fond, comme d’habitude, était le nom du chapelier, mais sur la garniture de cuir un autre nom m’apparaît, et je lis: Brascassin.

Brascassin! ce Brascassin, que j’étais si avide de rencontrer, je venais de passer avec lui toute une nuit, dans une même chambre!

Le chemin de fer partait à sept heures; je descendis vivement mes trois étages.


TROISIÈME PARTIE.


I

La forêt Noire. — Ruines de l’abbaye de Tous-les-Saints. — Un élève en pharmacie. — Pluie d’argent. — Grand festival. — Qui je rencontre au milieu des orphéonistes. — Je rentre en possession de mon chapeau.