Je saluai.

«Vous êtes l’homme aux poules!»

Cette désignation vulgaire, qui semblait ne faire de moi qu’un marchand de poules, commençait à me devenir insupportable; elle termina notre entretien.

Athanase et les siens venaient de nous rejoindre. La foule désertait l’entonnoir; le vieux cloître, jadis consacré à tous les saints, rentrait peu à peu dans sa solitude habituelle.

Nous n’avions encore pris part qu’à une des fêtes de la journée.


II

Le tombeau de l’enfant. — Cascades d’Aller-Heiligen. — Espiègleries de M. de La Fléchelle. — Modes de Paris et modes de la forêt Noire. — Vallées de Kappel et de Seebach. — Réveil en sursaut.

«Il y a quatre ou cinq ans, une jeune femme, une Française, traversait la Belgique avec un enfant dans ses bras; la mère était malade, l’enfant aussi. En arrivant à Bruxelles l’étrangère fut forcée de s’aliter; et tandis qu’une fièvre délirante lui ôtait la connaissance d’elle-même, l’ange de la mort vint lui prendre son enfant et emporta la pauvre petite créature éteinte dans le cimetière de Laaken. Quand la malade eut recouvré la raison, puis à peu près la santé, forcée impérieusement de rentrer en France, elle alla faire ses adieux, ses adieux éternels à son enfant. A deux genoux sur sa fosse fraîchement remuée, le visage en larmes, d’une voix heurtée par les sanglots: «O mon enfant! s’écria-t-elle, il va donc falloir me séparer de toi!... retourner en France seule!... Ah! que ne m’est-il permis de vivre ici.... de ne pas te quitter? Quel regard ami s’arrêtera sur la terre qui te cache, puisque ta mère elle-même t’abandonne?... Qui prendra soin de ta tombe?

« — Moi!» dit une voix qui sembla vibrer avec le vent.