Je dus chercher un autre abri.

Dix minutes plus loin, sous l’ombre du fort de Noisy-le-Sec, m’apparut un pignon rouge, une enseigne de cabaret. En qualité de touriste, je n’avais pas le droit de me montrer difficile sur le gîte. Quelques soldats du 40e de ligne buvaient et riaient dans un coin; je m’attablai non loin d’eux, et tirai mes victuailles de ma boîte de fer-blanc, qu’ils prirent sans doute pour un bidon de nouvelle espèce. Sans attendre mes ordres, le garçon m’apporta une bouteille de cette rinçure de cuve, décorée du nom de vin de pays. Résigné à tout, et le poulet me semblant un bien noble personnage pour être exhibé en pareil endroit, j’allais entamer mon morceau de veau, quand mes yeux se rencontrèrent avec deux prunelles grises, surmontées de sourcils épais; au-dessus des sourcils se développait une abondante chevelure blanche, qui, grâce à des favoris et à un cordon de barbe de même couleur, encadrait une figure, alors contractée sous une impression de profond étonnement.

Cette figure, c’était celle du cabaretier.

«Comment, c’est vous, père Ferrière? lui dis-je, après une inspection rapide de sa personne.

—Ah! je ne m’étais pas trompé!» s’écria-t-il en frappant dans ses mains; et tout aussitôt faisant lestement disparaître ma bouteille de rinçure, il la remplaça par une autre, à cachet rouge, vin d’officier, mit un second verre sur la table et s’assit en face de moi.

Je demandai au garçon deux assiettes et deux couverts, et tirai le poulet de sa boîte. Les soldats du 40e ouvraient de grands yeux affamés.

«En quelle qualité êtes-vous ici? dis-je à Ferrière.

—C’est moi le chef de l’établissement,» me répondit-il.

Et son front rayonna d’orgueil.

«Voilà donc pourquoi je n’ai plus retrouvé la maisonnette à sa place?