Nous décidâmes de réunir par ordre alphabétique tout ce que chacun de nous possédait de la langue allemande, pour en former un vocabulaire à notre usage. La science éparse ne sert qu’à l’amusement de quelques-uns; réunie en faisceau elle s’empare du monde.

Une légère brume du matin commençait à tomber. A deux cents pas de nous, un groupe de magnifiques châtaigniers dessinait une vaste salle de verdure; l’orphéoniste, courant toujours en avant, s’y était déjà installé. C’était un abri; la commission du Dictionnaire s’y assembla.

Je fournis mon album et mon crayon pour les notes; La Fléchelle, soupçonné de quelque teinture des langues du Nord, nommé secrétaire, secrétaire perpétuel, fut le Villemain de notre académie improvisée. Sous forme de discours d’ouverture, quand nous eûmes pris place, il nous adressa ces mots, du meilleur augure, qui nous étonnèrent et nous charmèrent tout d’abord:

«Meine Herren,

«Guten Morgen; wie befinden Sie sich? Ich befinde mich wohl, Gott sei Dank. Haben Sie die zeitung nicht gelesen? ich bin es zufrieden; wie viel Uhr ist es?»

La traduction qu’il nous en donna immédiatement refroidit quelque peu notre enthousiasme.

«Messieurs,

«Bonjour, comment vous portez-vous? Je me porte bien, Dieu merci; avez-vous lu le journal? Je le veux bien; quelle heure est-il?»

C’est tout ce qu’il avait retenu de ses dialogues allemands.

Ceci me rappela que, à Carlsruhe, j’avais été tenté de faire emplette d’un petit livre du même genre. Je l’ouvris au hasard; j’y lus ces deux phrases significatives: