«Madame la comtesse est sur le lac avec son frère le chevalier; voulez-vous prendre une yole et aller la rejoindre? — Pourquoi n’avez-vous pas mis votre habit écarlate?»
N’ayant ni un habit écarlate à mettre, ni une yole à prendre, ni une comtesse à rejoindre, je fermai le petit livre aux dialogues et ne songeai plus à l’acheter.
Néanmoins, si on ne vota pas l’impression du discours d’ouverture de La Fléchelle, il nous fit espérer que notre secrétaire perpétuel était capable de coopérer utilement à l’œuvre.
A tour de rôle, chacun apporta son offrande.
Pour ma part, malgré mes quelques études commencées dans une voiture de louage, je ne pus fournir que les mots: wifyl? combien? — Schloss, château; — alt, vieux; — Gasthaus, hôtel; — Hirsch, cerf; — Ébernstein, sanglier de pierre; — Bach, ruisseau; — Berg, montagne. J’y ajoutai Trinkgeld, pourboire, que j’avais appris du garçon de bains de la Closerie des Lilas, et cette locution que j’avais vue inscrite sur un grand nombre de cours et de jardins: verbotener Eingang, entrée défendue. Mais franchement, avec des sangliers de pierre et des entrées défendues, nous ne pouvions guère espérer nous renseigner sur la route à suivre, ou voir s’ouvrir les portes devant nous.
Il en fut à peu près de même d’Athanase et des deux indigènes d’Épernay.
L’orphéoniste en savait plus long, mais sa prononciation nous parut défectueuse. C’était de l’allemand-suisse. Sous sa dictée, néanmoins, La Fléchelle eut à inscrire une trentaine de vocables, parmi lesquels nécessairement ne furent oubliés ni das Bier, la bière, ni Kirschenwasser, l’eau de cerises. Tel est le nom inoffensif et bénin du kirsch.
Baldaboche s’abstint sous le prétexte que l’allemand n’était que du hollandais pas pon.
Restait Brascassin. Il paraissait impossible que Brascassin, ayant des clients le long de toutes les routes du grand-duché et jusque dans les montagnes, ne pût correspondre avec eux que dans sa langue maternelle.
Jusque-là, pendant notre travail lexicographique, comme un bon prince, il s’était contenté de sourire à nos efforts, sans y prendre part aucune.