Dans de grands bassins où se rassemblent des eaux transparentes, «plus douces que le lait, plus savoureuses que le vin,» a dit un poëte allemand, nagent des milliers de truites. Voulez-vous en déjeuner? C’est d’un coup de ligne qu’il s’agit; désirez-vous en faire provision pour le marché? un coup d’épervier y suffira.

A Wolfsbrunnen, je ne fus pas dévoré par une louve comme la magicienne Jetta, mais j’y fus en butte aux fureurs d’un gamin enragé. J’étais en contemplation devant une de ces pêches miraculeuses; je reçois un projectile dans le dos, une balle. L’écolier, lancé à la poursuite de sa balle, vient me heurter au moment où je me retourne avec une brusquerie facile à comprendre. Sous le choc, il trébuche, il tombe en poussant des cris affreux. Je le relève, il veut se jeter sur moi, et sans Antoine qui intervient, je ne sais ce qui serait advenu.

A ses cris, était accourue une femme tout éplorée, sa mère.

«Aye! aye! il m’âvre pattu! il m’âvre tonné un grand coup!» hurlait le jeune monstre, sautant sur une jambe en tenant l’autre repliée sous sa main, et me désignant du geste.

Heureusement, Junius était connu de la mère; il la rassura, la calma.

«Il est un peu espiègle,» dit alors la dame, souriant la lèvre pincée; puis, après avoir de nouveau échangé quelques mots avec Junius:

«C’est égal, monsieur, me dit-elle, en m’honorant d’un semblant de révérence, à votre âge, il n’est pas bien de frapper un enfant.»

J’étais exaspéré.

«Quelle est cette heureuse mère? demanda Antoine quand elle fut partie.

—Mme Hoël-Jagœrn, la veuve d’un conseiller de cour,» lui répondit Junius.