Par son testament, Perkéo demanda à être enterré sous le gros tonneau. Peut-être espérait-il que, grâce à quelque fissure, le colosse serait encore son tributaire. On ne put satisfaire à cette dernière volonté du joyeux ivrogne, mais, par décret spécial de l’électeur, il fut ordonné que, même après sa mort, Clément Perkéo resterait gardien des caves.

Voilà pourquoi y figure encore ce mannequin de bois et d’étoupe, représentant exactement, assure-t-on, la taille, le costume et les traits du personnage.

Près de ce simulacre en culottes courtes, est une petite horloge, ouvrage de Perkéo. Sur un des côtés de l’horloge pend un cordon de soie; sans doute, il aidait à faire sonner l’heure, avec accompagnement de musique.

Comme Antoine, se préparant au départ, roulait une cigarette, que Junius inspectait les voûtes du caveau, je tirai le cordon; un bruit de rouages se fit entendre, un battant de l’horloge s’ouvrit, et je reçus dans la figure une longue queue de renard.... sans musique.

C’est la seule plaisanterie que se permette aujourd’hui le bouffon de Charles-Théodore.

La dame officielle nous proposa une dernière visite à la salle des armures, collection de piques et de cuirasses assez peu curieuse et en fort mauvais état.

Avant de nous en ouvrir la porte, elle s’arrêta; à travers deux murs écroulés qui se faisaient face, les deux Heidelberg, le mort et le vivant, nous apparurent dans tout leur contraste: d’un côté apparaissait le délicieux jardin situé derrière la tour renversée, avec ses frais ombrages, ses routes sablées, ses jets d’eau, ses promeneurs; de l’autre, tout n’était que ruines, décombres, silence, immobilité.

La dame étendit la main vers ce dernier et désolant tableau, puis, d’un ton moitié de reproche, moitié badin: «Francés, pas toujours gentils,» nous dit-elle.

Vous avez raison, madame, Francés pas toujours gentils. Cette réflexion, depuis le Molkenkur, elle assombrit ma pensée. Comme poëte, comme artiste, j’aime les ruines; je suis convaincu qu’il est tels vieux châteaux, même telle construction nouvelle, insignifiants debout, qui, au point de vue pittoresque, gagneraient beaucoup à être renversés; mais quand je songe à tout le pittoresque laissé derrière eux par mes compatriotes dans le grand-duché, à Bade, à Brouchsal, à Heidelberg, sur les bords de l’Oosbach, aussi bien que sur ceux du Necker et du Rhin, il me semble, dans chacun des habitants de ces belles contrées, devoir, en ma qualité de Français, trouver un ennemi acharné. Cet écolier furibond, ce jeune Hoël-Jagœrn lui-même, n’est-ce pas ma nationalité qui l’a ainsi irrité contre moi?

En rentrant au Prince Charles, je dis à mon vieux Jean d’aller me chercher un barbier. Quand le garçon de l’hôtel eut satisfait à ma demande, quand ledit barbier se présenta, lui trouvant le regard inquiet, quelque peu hagard, je le renvoyai incontinent. Je craignais qu’il ne me coupât la gorge!